Sanctuaire, refuge, zoo, centre de soins : comment s'y retrouver et ne pas financer ce que tu crois combattre
- Manon Lola Chauvin

- 30 juin
- 8 min de lecture
Pendant longtemps, je trouvais que le mot "sanctuaire" avait quelque chose de rassurant. C'est quand même un joli mot qui évoque la protection, le calme, l'abri. Je visualisais ça comme un endroit où les animaux étaient enfin en sécurité, choyés et aimés de la bonne manière. Toutes les fois où je décidais de m'y fier, je ressortais déçue : ce terme était trop souvent détourné et beaucoup trop malhonnête.

Aujourd'hui, 550 000 animaux sauvages souffrent dans des attractions touristiques à travers le monde dont une grande partie présentées comme "sanctuaires" ou "expériences éthiques"(World Animal Protection). Disons-le franchement, le mot est devenu un argument marketing : des centaines d'établissements à travers le monde se revendiquent "sanctuaires" tout en pratiquant la reproduction en captivité, en organisant des contacts entre visiteur·euses et animaux sauvages, en faisant payer des séances photos. Et toute personne bien intentionnée peut très facilement financer ce qu'elle préférerais éviter.
Cet article existe pour te donner une grille de lecture : rien d'exhaustif mais des outils concrets pour distinguer un vrai sanctuaire animalier éthique d'une vitrine commerciale.
Sanctuaire, refuge, zoo, parc : ces mots ne veulent pas dire la même chose
Au cours de mes voyages, de mes enquêtes et mes visites sur le terrain, j'ai remarqué quelque chose qui revient incontestablement sur tous les continents : sanctuaire, parc animalier, refuge... ces termes sont utilisés de façon interchangeable dans la communication grand public. Un parc va se qualifier de "refuge" tandis qu'un zoo se dit "centre de conservation". Et évidemment ça concerne aussi des établissement qui font monter des visiteur·euses sur des éléphants et qui se disent "sanctuaire éthique". Résultat : plus personne ne sait de quoi on parle, à quoi ça engage, si c'est légiféré, ce qu'on finance...
Alors voici ce que chaque mot recouvre vraiment.
Le zoo ou parc zoologique est un établissement commercial ou associatif qui présente des animaux vivants au public de façon permanente. En France, il est soumis à l'arrêté du 25 mars 2004 et au Code de l'environnement. Il a des obligations légales en matière de bien-être animal, de pédagogie et de participation à la conservation des espèces mais ces obligations sont définies de façon assez large et leur application varie considérablement d'un établissement à l'autre.
Le refuge désigne, au sens du droit français, un établissement à but non lucratif géré le plus souvent par une fondation ou une association de protection animale. Pour les animaux de compagnie, il accueille des animaux abandonnés ou saisis. Cet article porte spécifiquement sur les animaux sauvages et pour eux, la loi est plus précise et les enjeux radicalement différents. On y revient juste après.
Le centre de soins est une structure dont l'objectif principal est de soigner des animaux blessés ou en détresse pour les relâcher dans leur milieu naturel. C'est une structure où la captivité est explicitement temporaire et orientée vers la liberté. Il n'est pas ouvert au grand public dans sa vocation première.
Le sanctuaire, dans son sens le plus strict, accueille des animaux qui ne peuvent plus être relâchés parce qu'ils ont été trop longtemps captifs, qu'ils sont blessés de façon permanente ou qu'ils proviennent, par exemple, du trafic. Un vrai sanctuaire n'est pas une attraction, c'est un dernier recours.
Des centre de soins souvent associés aux refuges et sanctuaires
Dans la pratique, centres de soins et refuges fonctionnent souvent en tandem et c'est là que le modèle devient vraiment intéressant. L'exemple le plus documenté en France est le Refuge de l'Arche, en Mayenne : son centre de sauvegarde soigne les animaux blessés dans le but de les relâcher, fermé au public pour préserver la tranquillité des convalescents tandis que le refuge attenant accueille les animaux qui ne pourront jamais être relâchés, et lui est ouvert aux visiteur·euses. Les deux structures partagent le même personnel. (Source : Refuge de l'Arche) Ce modèle mixte existe partout dans le monde : les animaux qui récupèrent suffisamment retrouvent la nature ; ceux qui ne le peuvent pas restent au sanctuaire. Un centre de soins sans sanctuaire associé doit trouver d'autres partenaires pour placer ses non-relâchables.

Ce que la loi française dit et ce qu'elle interdit
En 2021, je suis en études de droit animalier et cette année-là, il se passe plein de choses : la France se dote notamment d'un cadre légal plus précis avec la loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale. C'est la première fois que la notion de refuge ou sanctuaire pour animaux sauvages captifs est définie juridiquement.
Selon cette loi, un refuge ou sanctuaire pour animaux sauvages captifs est "un établissement à but non lucratif accueillant des animaux d'espèces non domestiques, captifs ou ayant été captifs, ayant fait l'objet d'un acte de saisie ou de confiscation, trouvés abandonnés ou placés volontairement par leur propriétaire." (Art. L. 413-1-1 du Code de l'environnement).
Pour fonctionner légalement, cet établissement doit :
Être détenu par un·e exploitant·e titulaire du certificat de capacité (L. 413-2)
Avoir fait l'objet d'une autorisation d'ouverture (L. 413-3)
Être à but non lucratif
Ce qui est strictement interdit dans un refuge ou sanctuaire pour animaux sauvages en France :
Toute activité de vente, d'achat, de location ou de reproduction d'animaux
Les numéros de dressage
Tout contact direct entre le public et les animaux
Et c'est peut-être ce dernier point qui est le plus important. Si un de ces établissements en France te proposent de toucher, caresser, tenir un animal sauvage, sache que c'est illégal. La prohibition de contact direct public/animal est inscrite à l'Art. L. 413-1-1 et s'applique spécifiquement aux refuges et sanctuaires pour animaux sauvages captifs. Les zoos sont régis par une législation différente (arrêté du 25 mars 2004).
La même loi prévoit, à partir du 1er décembre 2026, l'interdiction des spectacles impliquant des cétacés (dauphins, orques) ainsi que de leur détention et reproduction en captivité.

Les centres de soins : une catégorie à part entière
Les centres de soins constituent une catégorie spécifique d'établissements d'élevage dont la vocation est de dispenser des soins à des animaux blessés "recueillis dans le milieu naturel" avant de les relâcher. Ils sont autorisés à détenir temporairement certaines espèces protégées ce que les particuliers ne peuvent pas faire.
Un centre de soins sérieux ne reçoit pas le grand public pour des visites touristiques. Si un établissement se présente comme centre de soins tout en proposant des interactions avec les animaux soignés, c'est un signal d'alarme immédiat : les animaux en convalescence ont besoin de calme et d'une habituation minimale à l'humain pour pouvoir être relâchés.
À l'international : la GFAS, la seule accréditation qui compte vraiment dans le tourisme animalier éthique
Hors de France, le cadre légal varie énormément, là ça fonctionne vraiment au cas par cas même si certains pays ont des législations strictes. D'autres permettent à n'importe quel établissement de se revendiquer "sanctuaire éthique" sans aucun contrôle.
C'est là qu'intervient la GFAS, la Global Federation of Animal Sanctuaries (Fédération mondiale des sanctuaires animaliers). Fondée en 2007 par des leaders de la protection animale dont la Humane Society et la World Society for the Protection of Animals, elle est aujourd'hui la seule organisation mondiale reconnue pour accréditer les sanctuaires animaliers.
Son processus d'évaluation est rigoureux : questionnaire exhaustif, visite sur site, entretiens, vérification des documents. L'accréditation dure trois ans et doit être renouvelée. Les standards couvrent 26 domaines du soins aux animaux aux finances en passant par la nutrition, les enclos, l'enrichissement comportemental, les interactions sociales entre animaux, la réhabilitation ou encore le bien-être psychologique des animaux.

Les critères non négociables pour être accrédité·e par la GFAS :
Statut non lucratif ou non commercial
Interdiction de reproduction en captivité (sauf programme de réintroduction documenté)
Pas de contact direct du public avec les animaux sauvages
Pas d'exploitation des animaux à des fins de spectacle ou de divertissement
Soins à vie garantis pour chaque animal accueilli
Pas de visites non guidées
Le chiffre qui dit tout : en 2017, une étude a révélé que seulement 8 % des établissements américains se réclamant du mot "sanctuaire" avaient obtenu une accréditation réelle. (Wikipedia / GFAS, 2017). Les 92 % restants fonctionnent sans contrôle externe et certains violent activement le bien-être des animaux qu'ils prétendent protéger.
Au 31 décembre 2023, la GFAS compte 132 établissements accrédités et 83 vérifiés, dans 18 pays. C'est peu et c'est d'ailleurs précisément pour ça que ça veut dire quelque chose.
Ni libres ni abandonnés : la réalité des animaux non relâchables
Il y a une question que peu de visiteur·euses posent avant d'entrer dans un sanctuaire : est-ce que ces animaux ont une chance de retrouver la liberté un jour ?
Il y a une phrase que m'a dite un soigneur près d'Iguazu, en Argentine, lors d'une visite où les enclos étaient presque vides. Il avait l'air heureux. "Un bon refuge, c'est un refuge vide", m'a-t-il expliqué. Pas parce que personne ne vient mais parce que si les animaux ne sont plus là, c'est qu'ils ont pu repartir. C'est ça, la vocation première : se rendre inutile.

Là, pareil, il ne peut pas y avoir de réponse parfaite et toute faite : la réponse dépend entièrement du type de structure et de l'histoire de chaque animal.
Dans un vrai sanctuaire, la plupart des pensionnaires ne seront jamais relâchés. Trop longtemps captifs, ils ont perdu les comportements nécessaires à la survie en milieu sauvage (chasse, fuite, socialisation avec leurs congénères...). Leur retour à la liberté serait une condamnation à mort. Malheureusement, ces animaux-là ne décideront jamais par eux-mêmes où ils vont. Ils ont été trop longtemps captifs pour être rendus à leur nature et certains n'ont même jamais connu autre chose que la privation de liberté. Le sanctuaire n'est pas une étape pour eux, c'est toute la vie qu'il leur reste. Et c'est précisément pour ça que l'exigence éthique d'une telle structure est absolue : si la liberté n'est plus possible, la dignité, elle, doit l'être.
Dans un centre de soins, le relâché est l'objectif premier. Chaque décision de soin, chaque protocole de réhabilitation est orienté vers ce but : minimiser l'habituation à l'humain, préserver les comportements sauvages, préparer le retour. Quand un animal ne peut pas être relâché à cause d'une blessure permanente ou d'une imprégnation trop forte, il est soit placé dans un sanctuaire, soit conservé dans le centre avec un statut différent.
Ce qu'il faut retenir : en droit français, refuge et sanctuaire sont synonymes, la loi les traite comme une seule et même catégorie mais le refuge accueille tandis que le sanctuaire protège à vie.
Ce qui devrait te mettre en alerte dans n'importe quel établissement :
Des animaux présentés comme "ambassadeurs" ou "éducateurs" : doux euphémismes pour "animaux dressés à interagir avec le public"
Un programme de reproduction présenté comme de la conservation (sans programme de réintroduction documenté et validé par l'UICN)
Des bébés animaux en permanence (signe de reproduction intentionnelle pour maintenir un flux d'animaux"mignons" à faire toucher)
L'absence totale d'information sur le devenir des animaux adultes et même d'informations tout cout : leur histoire, leur âge, leur nom...
Des prix d'entrée très élevés combinés à des "expériences" de contact
Les questions à poser avant de visiter : le guide pratique du tourisme animalier éthique !

Avant de réserver une visite dans un sanctuaire, un refuge ou un centre de soins en France ou à l'étranger, voici les questions qui peuvent faire la différence.
Sur le statut juridique : L'établissement est-il à but non lucratif ? Dispose-t-il d'une accréditation externe GFAS à l'international, autorisation préfectorale en France ?
Sur les animaux : D'où viennent les animaux ? Saisies, abandons, trafic, cirques ? Y a-t-il un programme de relâché pour certaines espèces ? Quelle est la politique de reproduction ?
Sur les interactions : Peut-on toucher les animaux ? (Si oui, tu l'as compris, fuis !) Les visites sont-elles guidées et limitées en nombre ? Y a-t-il des zones où les animaux peuvent se soustraire au regard du public pour retrouver un peu de tranquillité ?
Sur la transparence financière : Le rapport d'activité est-il public ? Quel pourcentage du budget va directement aux soins des animaux ?
Savoir lire un établissement animalier, ça s'apprend. Et une fois que tu as la grille de lecture, promis, c'est difficile de faire semblant de ne pas voir ! C'est aussi ça le vrai tourisme animalier éthique : pas seulement choisir les bons endroits, mais comprendre pourquoi certaines structures ne méritent ni ta présence ni ton argent.
Tu prépares un voyage et tu te poses des questions sur la nature d'un établissement que tu envisages de visiter ? Contacte-moi, c'est exactement ce genre de vérification qui fait partie de mon travail !




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