top of page

L'écotourisme peut-il devenir trop populaire pour les animaux qu'il protège ?

il y a 4 jours
26 min de lecture

Le spot secret qui devient destination, puis place to be et donc embouteillage. Allons voir ce que dit la science, ce qu'ont déjà mis en place certains sites et le rôle inattendu de celles et ceux qui choisissent de ne pas y aller !




J'ai écrit des guides de voyage, ce qui signifie que j'ai moi-même donné des adresses, avec des petits encadrés « coup de cœur de l'auteure » et tout le tralala. Autant dire que je suis très mal placée pour faire la morale aux gens qui relaient aux quatre coins de leurs réseaux leur spot préféré, puisque j'ai fait exactement la même chose avec la fierté du devoir accompli. Aujourd'hui, je me demande ce que mes encadrés ont provoqué sur place une fois les lecteur·rices arrivé·es et c'est avec cette question en tête, l'évolution de ma philosophie, de mes comportements, des études et des exemples de terrain, que j'ai eu l'idée d'écrire cet article.


Reprenons d'abord les bases. Imagine un site « secret » avec des oiseaux, des raies manta et des tortues, bref, tu es clairement dans Vaiana : les couleurs sont partout, les animaux aussi, le lieu est préservé, il ne figure dans aucun itinéraire et la présence humaine y est un tel détail que le train-train quotidien des animaux non humains qui vivent là n'en est pas modifié. Carrément utopique le spot ! Et là, quelqu'un le (re)découvre, en parle avec des étoiles dans les yeux, une photo circule, un compte à quelques centaines de milliers d'abonné·es la reprend et deux étés plus tard, le même endroit ressemble à la sortie d'un concert : parking saturé, queue leu leu, perches à selfie en formation serrée....


L'écotourisme, censé protéger les animaux qu'il fait découvrir, peut-il devenir trop populaire pour eux ? Oui, c'est possible. Il existe pourtant des pistes sérieuses pour l'éviter, dont une qui nous concerne toutes et tous et qui consiste, parfois, à renoncer à y aller.


Redéfinissons les termes


L'écotourisme désigne en général un voyage responsable dans des espaces naturels, qui contribue à protéger le milieu, soutient les populations locales et inclut une part d'information ou d'éducation.




Le mot « écologie » porte lui aussi une idée qu'on devrait davantage enseigné dès le plus jeune âge : il vient du grec oikos, qui signifie « maison », « foyer » et de logos, ici l'étude : l'écologie, c'est littéralement l'étude de la maison que se partagent tous les êtres vivants. L'ouvrage En finir avec les idées fausses sur l'antispécisme (Victor Duran-Le Peuch) précise : penser écologiquement, c'est réfléchir à la manière dont humains et non-humains habitent ensemble un même monde. Je trouve ça essentiel de garder cette image en tête pour la suite car elle change la nature d'un voyage dans un « espace naturel » : on rend visite à quelqu'un. Baptiste Morizot le dit à sa façon dans Renouer avec le vivant (Socialter) : « vous n'êtes pas chez vous dehors », être chez soi dehors se gagne et on ne l'est pas tant qu'on n'a pas appris à connaître celles et ceux qui y vivent. Je pense que j'ai commencé à le comprendre sans le nommer quand j'étais enfant, dans une Amazonie qui me faisait peur : ce terrain était le leur et j'étais invitée.


L'idée de départ, l'éco-tourisme donc, a le mérite d'exister : donner à un lieu vivant une valeur que personne ne peut ignorer. Une forêt qui accueille des visiteur·euses rapporte de l'argent sans qu'on l'abatte, un récif qui attire des plongeur·euses rapporte sans être pêché à l'explosif et les habitant·es du coin peuvent en vivre sans avoir à choisir entre leur gagne-pain et l'animal d'à côté à dépecer. Il y a aussi une autre raison qui touche carrément plus à l'affect : quand on a vu un animal dans son milieu, on comprend mieux pourquoi il compte, et on défend plus volontiers ce qu'on connaît.


Tout ce que je raconte c'est du témoignage pro/perso mais c'est également loin d'être anecdotique. D'après une étude d'Andrew Balmford et de ses collègues, les aires protégées du monde reçoivent de l'ordre de 8 milliards de visites par an, pour des dépenses touristiques de l'ordre de 600 milliards de dollars, alors que la gestion de ces aires coûte moins de 10 milliards de dollars par an. Bref, en gros, les visites génèrent des sommes qui écrasent le budget consacré à protéger ces lieux et pourtant la protection reste à la traîne : le réseau aurait besoin de trois à quatre fois plus de financements et d'autres travaux estiment que 50 à 80 % des aires protégées sont sous-financées ou mal gérées. Les 600 milliards bénéficient surtout aux économies nationales (hébergement, transport, restauration), ce qui explique l'écart entre ce que rapportent les visites et ce que reçoit la protection. Ça te rappelle pas la gestion du budget par le gouvernement d'un certain pays dans lequel on vit ? Ouais, moi aussi. Il est grand temps que les gouvernements investissent correctement dans les territoires à préserver. Du côté de l'Afrique, le tourisme de nature représente plus de 29 milliards de dollars par an et environ 3,6 millions d'emplois, selon une étude de Nature Ecology & Evolution, 2020 relayée par l'Université du Cap. Quand la pandémie a stoppé les voyages, c'était une vrai cata : le financement de la conservation par l'écotourisme s'est arrêté net avec eux, alors que les budgets des autorités africaines de la faune étaient déjà jugés très insuffisants.


Dans le numéro de L'Iceberg consacré aux animaux, un propos sur le tourisme formule plutôt bien le problème : « Protéger les animaux sauvages nécessite malgré tout une rentabilité économique, notamment via le tourisme », avant de poser la question qui dérange : « Les animaux ne peuvent-ils vivre que s'ils sont utiles économiquement ? » Ma conviction d'antispéciste est qu'un animal n'a besoin de rapporter quoi que ce soit à qui que ce soit pour avoir le droit d'exister : les animaux ont une valeur intrinsèque, indépendamment des services qu'ils nous rendent. Seulement voilà, je vis dans le monde tel qu'il est, où la protection se finance souvent avec des billets d'entrée et c'est par conséquence la raison pour laquelle la manière de faire visiter compte autant.


Et badaboum, c'est là que le piège se referme sur le mot « populaire ». Plus un site est protégé et bien raconté, bien "marketé", plus il attire. Des articles, des posts, des stories, des guides, un documentaire, des photos qui circulent, une réputation de « dernier paradis ». Plus le récit voyage, plus il donne envie de venir vérifier sur place et plus la fréquentation grimpe, plus le lieu risque de perdre ce qui le rendait précieux : le calme, la rareté de la présence humaine, la possibilité pour les animaux de vivre comme si nous n'étions pas là. Autrement dit, on peut presque conclure que le succès de l'écotourisme travaille contre lui-même, puisque, quelque part, il se nourrit de ce qu'il abîme.



On connaît tous le mécanisme grâce aux adresses du quotidien : toutes ces petits spots tranquilles où il y a peu de monde, une ambiance chaleureuse et des plats d'un excellent rapport qualité-prix. Un ou deux guides recensent l'endroit et d'un coup il perd toute son âme, rempli de touristes venus s'y engouffrer. J'ai mille exemples en tête : à l'étranger tu es quasi rendu au fin fond de nulle part, tu as un restaurant local tranquille qui propose raclette ou confit de canard au menu et voilà tous les Français qui rappliquent (et tous les Français râlent de croiser autant de Français). Les bipèdes que nous sommes peuvent toujours changer de restaurant mais une colonie de manchots, une plage de ponte ou un récif n'ont évidemment pas cette option, ce qui rend par conséquence la même mécanique beaucoup plus coûteuse pour eux.


Quel impact sur les animaux ?


Premier réflexe de défense auquel j'ai eu affaire moult fois : « mais moi, je ne touche à rien, je reste à distance, je suis silencieux·se ». Bon déjà tant mieux, une partie du public a réajusté sa manière d'observer et de considérer l'animal et c'est nécessaire pour faire bouger les pratiques spécistes. Reste que le dérangement dépend moins de la bonne volonté de chaque personne que de l'addition de toutes les présences. Les bonnes intentions, c'est très très bien, mais on se noie dans une foule de voyageur·euses aux comportements plus ou moins acceptables et notre approche respectueuse ne change malheureusement rien pour un animal qui souffre de la surfréquentation... Ce qui le soulage, c'est plutôt un peu plus de répit : le laisser jouir de sa liberté au lieu de lui infliger davantage de stress, de bruit, de présence. Parce que ça m'embête de le dire mais même quand tout le monde prend ses précautions pour ne pas le perturber, l'animal est tout de même dérangé.


Quelques repères scientifiques permettent de mesurer ce que cela donne.


Les dauphins de Shark Bay, en Australie. Une équipe menée par Lars Bejder (Conservation Biology, 2006) a étudié des grands dauphins au moment où l'observation touristique est passée d'un opérateur à deux. Elle a mesuré un déclin moyen de 14,9 % de l'abondance des dauphins dans la zone touristique, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de -20,8 % à -8,23 %, et elle a identifié les bateaux touristiques comme le principal facteur, bien plus que les bateaux de recherche. Décryptons un peu mieux ces chiffres sans jargon parce que moi aussi j'ai du relire ça deux ou trois fois :

  • L'« abondance » désigne le nombre de dauphins qui fréquentent la zone. Une baisse de 14,9 %, c'est comme si, sur 100 dauphins qui passaient régulièrement par là, une quinzaine avaient cessé de se montrer.

  • Le chiffre de 14,9 % est une moyenne et l'intervalle de confiance donne la fourchette dans laquelle se trouve très probablement la vraie valeur : entre environ 8 % et 21 % de baisse. Toute la fourchette reste du côté des pertes, ce qui explique que l'équipe parle d'un effet réel et pas d'un coup de hasard statistique.

  • Le fait que les bateaux touristiques arrivent loin devant les bateaux de recherche (des bateaux qui, eux aussi, s'approchent des animaux) montre que la multiplication des passages pèse davantage que la nature de chaque passage, ce qui est je trouve l'une des informations les plus intéressantes : la qualité pèse véritablement.



La voix humaine, signal de danger. En 2023, Liana Zanette (que je cite souvent et dont j'apprécie beaucoup les travaux !) et ses collègues ont diffusé dans le parc Kruger, en Afrique du Sud, des enregistrements de voix humaines et de grognements de lions. La faune fuyait les voix humaines environ deux fois plus vite que les grognements de lions.


Pareil, revenons un peu sur ce que révèle cette étude :

  • Pour beaucoup d'animaux, nous sommes le « super-prédateur », une expression popularisée par Chris Darimont pour dire que les humains tuent les proies adultes à des taux bien supérieurs à ceux des prédateurs naturels. Leur crainte vient de loin, elle s'est construite sur des générations de chasse, elle n'a rien d'irrationnel, les animaux évoluent en fonction de leur environnement.

  • Ce qui est absolument dingue c'est que la voix suffit. Il n'est pas nécessaire d'être vu·e ni de s'approcher : parler à voix normale, s'enthousiasmer, discuter avec ses potes et le signal de danger est lancé. On comprend mieux pourquoi le silence d'un guide devient alors un geste écologique à part entière, s'il demande du silence, ses propos sont bien plus que fondés.

  • Fuir coûte du temps et de l'énergie et cela pousse les animaux à déserter les zones où ils se nourrissaient.

  • À l'échelle d'un site, 300 visiteur·euses dans la journée, ce sont 300 voix qui se relaient donc pour l'animal, chaque nouvelle conversation est un nouveau « super-prédateur à proximité » à prendre en compte.

  • L'expérience s'est déroulée avec des enregistrements, dans des conditions contrôlées, et attention elle ne dit pas ce qui se passe à chaque safari. Elle donne en revanche une piste intéressante pour comprendre pourquoi des visiteur·euses « sages » peuvent suffire à déranger.


Marc Giraud rappelle de son côté, dans L'extraordinaire se cache dans l'ordinaire, que les animaux s'habituent à notre présence dès lors qu'on est immobile, qu'on se fond dans la nature et qu'on y fait partie. La rencontre calme d'une personne est donc possible, c'est le flux qui pose problème.


Le dérangement, une forme de prédation. Alexandre Frid et Lawrence Dill (Conservation Ecology, 2002) proposent de lire les perturbations humaines comme un risque de prédation : chaque fois qu'un animal doit fuir ou rester sur ses gardes, il perd du temps et de l'énergie qu'il ne consacre plus à se nourrir ou à élever ses petits. Imagine un manchot qui se redresse, scrute et recule à chaque nouveau groupe qui arrive : ce sont des calories brûlées sans avoir avalé un seul poisson.



Le point commun de ces travaux est que, encore une fois, le dérangement naît de l'addition des présences, y compris quand chaque personne se comporte bien. Chacune apporte son petit supplément et c'est la somme qui finit par peser. C'est la raison pour laquelle on parle de capacité de charge, ce seuil au-delà duquel un lieu ne supporte plus la fréquentation sans se dégrader. Voici comment cela se traduit dans des lieux où j'ai pu me rendre au fil de mes missions :

  • Iguazú, côté argentin. Depuis août 2026, le parc national plafonne l'entrée à 8 000 visiteur·euses par jour, après des études de capacité de charge menées par des biologistes, des gardes-parc et des spécialistes de la conservation. Les raisons annoncées : protéger la faune et la flore, réduire le bruit et limiter l'usure des passerelles et des sanitaires. Je n'ai pas trouvé d'information équivalente pour le côté brésilien, il faut dire que l'info est très fraîche, mais espèrons que les mêmes précautions soient appliquées !

  • Manuel Antonio, Costa Rica. En mars 2019, le pays a limité la fréquentation du parc à 600 personnes présentes en même temps du mardi au vendredi et à 800 le week-end, avec une fermeture le lundi. Le motif officiel était la pollution de l'eau par les eaux usées, ce qui rappelle que la surfréquentation abîme le milieu avant de s'en prendre à celles et ceux qui y vivent.

  • Komodo, Indonésie. Depuis avril 2026, le parc applique un quota de 1 000 visiteur·euses par jour, appuyé sur une étude de 2018 (menée avec le WWF) qui fixe la capacité annuelle à 366 108 personnes. L'autorité du parc voulait aussi lisser l'année : 63 133 visiteur·euses en juillet contre 12 609 en janvier selon l'étude (Floresa, avril 2026).


Maya Bay


Je pense que le cas le plus connu se trouve du côté de la Thaïlande. La baie de Maya, rendue célèbre par le film La Plage, a été fermée aux visiteurs en 2018 puis rouverte en janvier 2022, soit environ trois ans et demi de pause, pour laisser aux récifs coralliens le temps de se refaire une santé.



J'y suis passée en septembre 2017, quelques mois avant la fermeture, et franchement, je me suis demandé ce que je faisais là : c'était Aqualand. Des plongeur·euses ne respectaient pas les massifs coralliens, ça sautait des bateaux de partout, des gens nourrissaient les poissons de récif pour les photographier de plus près et les bateaux n'avaient pas tous la place d'accoster. Dans cette baie vivent pourtant des requins à pointes noires et toute une faune de poissons de récif.


Les observations rapportées après la fermeture sont instructives : les requins à pointes noires sont revenus en nombre, jusqu'à une quarantaine observés quotidiennement pendant la phase de récupération. Après la réouverture, avec des règles "strictes" (bateaux interdits d'accoster sur la plage, visite limitée à une eau à hauteur de genoux, plafond d'environ 375 personnes par créneau d'une heure), les chercheur·euses du projet Maya Shark Watch ont constaté que la population de requins redescendait à mesure que la fréquentation remontait.


Côté économique, la même source rapporte une baisse des recettes du parc, de 638,3 millions de bahts en 2018 à 373,6 millions en 2019. Fermer un site a un coût réel pour celles et ceux qui en vivent, je reviendrais plus bas sur ce point mais c'est un fait qu'il ne faut pas oublier. Le projet de suivi est encore en cours, mais il illustre bien tout un mécanisme.


En France, les jauges existent déjà


On pourrait croire que ces histoires se passent à l'autre bout de la planète, mais pas du tout, j'ai des exemples chez nous.


Porquerolles (Var). Depuis l'été 2021, la fréquentation est limitée à 6 000 personnes par jour en pleine saison : 4 000 passagers pour les navettes publiques et 2 000 pour les compagnies de bateaux privées, avec pour but de réguler les pics d'« hyper-fréquentation ». Le plan prévoyait aussi des zones de mouillage pour protéger les herbiers de posidonie (une plante marine endémique de Méditerranée), abîmés par les ancres. D'après le Figaro Nautisme (juillet 2026), la limitation des navettes se poursuit depuis plusieurs saisons.


La calanque de Sugiton (Marseille). Le parc national des Calanques a instauré une réservation gratuite mais obligatoire à certaines dates, parce que la calanque de Sugiton et celle des Pierres Tombées subissent, selon les termes du parc, « une érosion très marquée liée à la surfréquentation ». En 2025, elle s'appliquait les 21 et 22 juin, tous les jours du 28 juin au 31 août, puis les 6-7 et 13-14 septembre.


Et les Pyrénées, avec l'ours ? J'ai cherché si les sites liés à l'habitat de l'ours était soumis )à une jauge. Je n'ai pas trouvé de plafond de fréquentation touristique pour l'ours brun, qui compterait environ 86 individus dans les Pyrénées françaises, espagnoles et andorranes d'après mes recherches. Ce qui existe, selon L'Iceberg, ce sont des zones refuges de l'ours directement intégrées au plan de gestion forestière, autrement dit des secteurs où l'activité s'adapte à la présence de l'animal. Cela rejoint la Convention de Berne (1979), qui identifie trois conditions pour les espèces protégées : des zones de tranquillité, des ressources alimentaires suffisantes et la préservation de la diversité génétique. L'ours fait en outre partie de ces animaux si rares à voir que chaque nouvelle photo est partagée massivement, et d'après les observations que j'ai lues sur la cohabitation avec les grands prédateurs, la curiosité malsaine est aussi dangereuse pour la quiétude des espèces que les peurs infondées. L'ours et le loup sont si rares à voir que chaque nouvelle photo est partagée massivement. Cette fascination a un revers : la ruée de curieux·ses qui veulent leur propre photo peut troubler la tranquillité de l’animal.


Ces mesures protègent d'abord des milieux (sols, herbiers) autant que des animaux. Leur intérêt : elles montrent que limiter le nombre de visiteur·euses est devenu un outil ordinaire pour des gestionnaires publics, elle n'est plus seulement perçue comme une revendication d'associations qui viennent perturber gratuitement la joie des touristes. Les parcs et les communes qui l'ont adopté l'appliquent depuis plusieurs années et les îles et les calanques n'ont pas cessé d'accueillir du monde pour autant. La jauge, quand elle est bien pensée, cohabite donc avec le tourisme.



La boîte à outils : jauges, saisons et charte de visite


Voici les trois petites pistes qu'on retrouve le plus souvent, avec leurs avantages et leurs limites.


1. Les jauges. Elles fixent un nombre maximum de visiteur·euses par jour, par heure ou par bateau. Elles ont l'avantage d'être simples à comprendre et à contrôler. Leur limite est que fixer le chiffre juste suppose des données (combien d'animaux, quelle sensibilité à quoi ?), et ces données, c'est bien dommage, manquent bien trop souvent. Dans la pratique, le chiffre retenu est souvent un compromis entre la science et l'économie locale et il faut tester et vérifier site par site. Quelques exemples :


  • La Réunion et ses baleines à bosse. Depuis 2025, un arrêté préfectoral encadre l'observation du 1er juillet au 30 septembre : un périmètre de 300 mètres autour de l'animal, trois navires au maximum dans ce périmètre (contre cinq avant), sept nageur·euses au maximum à l'eau (contre dix) et des mises à l'eau uniquement entre 9 h et 13 h. Ces règles répondent à des incidents signalés en 2024, liés à une fréquentation excessive qui aurait atteint jusqu'à 30 mises à l'eau par jour et provoqué des comportements inhabituels chez les animaux. L'association Globice, qui suit les cétacés sur l'île, a compté 416 baleines à bosse en 2024 contre près de 1 200 en 2023, sans que la source n'établisse de lien de cause à effet (Figaro Nautisme, juillet 2025).


  • Les Whitsundays, Australie. Le plan de gestion de la zone plafonnait l'accès journalier à 20 sorties de bateaux plus 3 navires de croisière sur réservation et fixait la taille maximale des groupes (40 personnes dans les zones d'usage modéré, 15 dans les zones « naturelles »), avec un seul navire de croisière à la fois et un pilote de récif obligatoire.


  • Machu Picchu, Pérou. Le ministère de la Culture a publié en 2025 les règles de 2026 : 4 500 visiteur·euses par jour sur la majeure partie de l'année, relevées à 5 600 en haute saison avec des circuits fléchés et une vente de billets uniquement sur le site officiel. Pas parfait mais des initiatives ont été prises !


  • Les Galápagos, Équateur. Chaque visiteur·euse doit être accompagné·e d'un guide naturaliste et le gouvernement équatorien restreint le nombre de personnes autorisées chaque jour sur chaque île ou site de plongée. Malgré cela, l'archipel a battu son record en 2023 avec 329 475 touristes et un guide naturaliste interrogé par Mongabay craint que l'écotourisme glisse peu à peu vers le tourisme de masse.


  • Corcovado, Costa Rica. Les limites quotidiennes se fixent secteur par secteur : 120 personnes à San Pedrillo, 80 à La Leona, Los Patos et El Tigre (dont je recommande l'accès !)


  • Hanauma Bay, Hawaï (États-Unis). La baie a reçu jusqu'à environ 10 000 personnes par jour dans les années 1970 et 1980. Un plan de gestion de 1990 a visé à réduire la fréquentation, à créer un programme éducatif et à interdire le nourrissage des poissons. Aujourd'hui, la baie est ouverte du mercredi au dimanche, fermée le lundi et le mardi et chaque visiteur·euse doit regarder une vidéo éducative avant d'entrer, même si c'est sa vingtième fois (ville d'Honolulu).



2. Les saisons. Beaucoup d'animaux traversent des périodes où le dérangement peut-être fatal : reproduction, nidification, élevage des petits, migration. Fermer un site ou limiter fortement l'accès à ces moments-là a un effet bien plus protecteur qu'une limitation uniforme toute l'année. Le revers est que les visiteur·euses se concentrent alors sur les périodes autorisées, ce qui peut recréer un pic. Des sites fermés aux humains pour les oiseaux en donnent des exemples :


  • Les Calanques (Marseille). Au printemps 2020, l'escalade a été interdite sur plusieurs secteurs pendant la nidification d'un couple de cormorans de Méditerranée, d'abord jusqu'au 15 mars puis jusqu'au 30 avril, avec l'accord des grimpeur·euses (parc national des Calanques). Les dates ont changé depuis et se consultent sur la carte des réglementations temporaires du parc.


  • Les Whitsundays. Dans le plan de gestion de 2005, certains sites d'oiseaux sont fermés toute l'année, d'autres du 1er octobre au 31 mars et une zone interdite aux bateaux s'applique du 1er octobre au 31 décembre autour de certaines îles.


  • Svalbard (Norvège). Depuis le 1er janvier 2025, la distance minimale avec un ours polaire est de 300 mètres, portée à 500 mètres entre mars et juin, période où les femelles sortent des tanières avec leurs petits. La règle change et s'adapte en fonction du calendrier de l'animal.


3. La charte de visite. Un code de conduite précis (distance à respecter, durée d'observation, interdiction de nourrir, règles sur les drones, groupes réduits), affiché et expliqué avant la visite. Il coûte peu et sensibilise mais il a pour défaut de reposer sur la bonne volonté de chaque visiteur, avec peu de moyens de contrôle si personne ne vérifie. Deux exemples vont dans le bon sens :


  • Svalbard, encore. Visit Svalbard, l'office du tourisme local, ne montre plus de photos d'ours en gros plan et a banni en grande partie les excursions marketées « safaris ours polaires ». Son directeur, Ronny Brunvold, le dit ainsi : « Nous ne montrons plus de photos d'ours en gros plan pour ne pas créer des attentes totalement irréalistes. […] Il faut comprendre que l'on n'est pas au zoo et qu'il y a bien plus à voir et comprendre de l'archipel que cet animal » . Le contexte compte : 70 000 voyageur·euses ont atterri à Longyearbyen en 2025 et le tourisme représente près de 63 % des emplois à temps plein de l'archipel.


  • Les parcs de la Patagonie chilienne. Les parcs rachetés puis donnés par Tompkins Conservation, l'organisation de Douglas et Kristine McDivitt Tompkins, ont été intégrés au réseau des parcs nationaux du Chili par un accord signé en janvier 2018 : environ 405 000 hectares donnés par la fondation et 4 millions d'hectares de terres publiques pour cinq nouveaux parcs nationaux et trois agrandissements. L'ensemble est pensé pour sensibiliser, protéger et prévenir, je crois que ça fait partie des meilleurs exemples de retour d'animaux que j'ai pu vérifier sur le terrain et ça concerne aussi l'autre côté de la frontière : les Esteros del Iberá, en Argentine, où Tompkins Conservation et Rewilding Argentina ont acheté des terres puis les ont données à l'État. Le parc national Iberá y accueille des espèces réintroduites comme le tapir, le fourmilier géant, le cerf des pampas, le pécari à collier et l'ara rouge et vert. Les deux premiers petits de jaguar nés dans la région depuis des décennies y sont nés le 6 juin 2018, dans un pays qui ne compterait plus qu'environ 200 jaguars. La loutre géante, absente d'Argentine depuis plus de 40 ans, y a aussi eu ses premiers petits issus du programme, au troisième essai d'un couple venu de zoos. Sur sites, la charte de visite est stricte.


La combinaison des trois fonctionne probablement mieux que chacune seule. C'est une conviction que j'ai et qui s'appuie sur rien d'autre que du bon sens mais les exemples que j'ai pu vivre servent cette analyse sans en faire une étude comparative. Plusieurs cas appliquent pourtant les trois leviers à la fois :


  • Maya Bay après 2022 : fermeture de plusieurs années (saison), plafond horaire (jauge), interdiction d'accoster et eau limitée aux genoux (charte).


  • La Réunion depuis 2025 : saison d'observation encadrée de juillet à septembre, trois bateaux et sept nageur·euses au maximum, distance de 300 mètres et horaires imposés.


  • Le parc des Volcans, au Rwanda : un seul groupe de visiteur·euses par famille de gorilles et par jour, une heure maximum avec les animaux, un permis à prix élevé.


  • Svalbard : distance variable selon la saison, politique de communication sans gros plans et règles pour les opérateurs, sur un archipel où le tourisme est la première source d'emplois.



Le rôle des voyageur·euses : choisir de ne pas y aller


Alors j'me tourne vers nous tous, voyageuses et voyageurs, parce que nous sommes l'autre moitié de l'équation. Les gestionnaires posent leurs règles quand la foule est déjà là. Nous, nous décidons en amont, au moment de choisir le lieu, la saison et ce que nous publions. Ce choix-là est le seul à pouvoir empêcher ou anticiper la foule de se former, alors que les règles ne peuvent que la gérer une fois que la foule est sur place.


Et je précise encore que non, le monde idéal de demain ne se fera pas en 24 heures et s'il faut attendre d'être parfait·e pour agir, rien ne fonctionnera. Oui, certain·es voyagent toujours, oui, certain·es prennent l'avion, oui, certain·es vont dans des pays très touristiques. Mon rôle consiste à donner des outils et des tips pour avoir de meilleurs réflexes et ne plus entretenir ce qui fait du mal. Il faut déjà se féliciter de faire mieux que la masse sans se satisfaire de ça : faites toujours de votre mieux, et faites de mieux en mieux ! Vraiment, mon angle n'est ni moralisateur ni culpabilisant : si tu fais mieux qu'il y a six mois, un an, dix ans, mieux que tes parents, si tu manges végé sans être végane, si tu n'es pas parfait·e comme tout le monde l'exige mais que tu fais l'effort de te renseigner et de te remettre en question, on finira par y arriver. Alors voici ce qui me semble à notre portée :


Ne pas géolocaliser les lieux fragiles. Une photo d'un site sensible avec le nom exact de l'endroit est une invitation lancée à des milliers de personnes. Quelques cas documentés : en mars 2019, aux sources de l'Huveaune (Sainte-Baume), une photo publiée avec la légende « un petit paradis aux portes de Marseille » a fait passer la fréquentation d'environ 50 touristes par week-end à plus de 500 en une seule journée, avec des feux de camp mal éteints et des déchets à la clé. La tuile. En Afrique du Sud, des panneaux le long des itinéraires de safari demandent aux photographes de ne pas partager la position des rhinocéros, victimes des braconniers. La même logique vaut pour les loups photographiés en France, un sujet qui n'a rien à voir en apparence : une photo géolocalisée donne l'adresse d'une meute autant aux personnes qui iront la déranger qu'à celles qui voudraient l'abattre, sachant que le loup, espèce protégée, peut être tué dans certains cas en vertu d'une dérogation à la directive européenne « Habitats » de 1992. Petit rappel bien rageant mais nécessaire : oui on peut-être un animal protégé mais légalement prendre des coups de fusils.


Choisir la basse saison, quand c'est possible et quand les animaux ne sont pas dans une phase de reproduction. Voyager en basse saison étale la fréquentation sur l'année au lieu de l'entasser sur quelques semaines : à Komodo, l'étude de 2018 relevait 63 133 visiteur·euses en juillet contre 12 609 en janvier, un déséquilibre que le quota tente justement de corriger. Moins de monde au même moment signifie moins de bruit, moins de bateaux, des groupes plus petits... Seulement, la période creuse pour les hôtels peut tomber pile quand les animaux sont le plus fragiles : nidification de printemps dans les Calanques, mise bas des ourses polaires à Svalbard entre mars et juin. À La Réunion, c'est l'inverse : la saison des baleines à bosse, de juillet à septembre, est justement celle où les sorties en mer se multiplient, d'où l'encadrement renforcé. La conclusion à retenir est simple : la meilleure date est celle qui cumule peu de monde et des animaux hors période sensible et quand les deux s'opposent, c'est le calendrier de l'animal qui devrait trancher. Avant de réserver, renseigne-toi surtout sur le calendrier de l'espèce et pas seulement sur celui des touristes.


Préférer un site moins connu mais bien géré au buzz des réseaux. Une méga influenceuse des réseaux concentre la foule parce qu'elle concentre les photos : c'était l'histoire de Maya Bay avant 2018. Un site moins connu offre en général des groupes plus petits, des guides locaux et des recettes qui restent sur place, à condition qu'il soit « bien géré », ce que je résume en quatre critères : un encadrement qui existe (jauge, charte ou saison), des guides formés, des retombées qui reviennent aux habitant·es et des règles réellement appliquées. Un lieu discret sans aucun cadre reste fragile car la discrétion ne protège que tant que personne n'en parle ! Les exemples ne manquent pas pour chercher la bonne alternative : une sortie baleines plutôt qu'un parc marin bondé, quatre jours de randonnée en montagne avec des guides agréés plutôt qu'un site de masse, une calanque réservée à l'avance plutôt qu'une calanque prise d'assaut.


Demander avant de réserver s'il y a une jauge, une charte, des guides formés, des groupes limités.


Accepter de renoncer. Il m'arrive de déconseiller à des client·es un endroit magnifique parce que je sais qu'il est au bord de la saturation. Renoncer à un lieu emblématique fait un petit vide dans le planning, qu'on peut remplir en allant voir un animal ordinaire dans un lieu ordinaire, avec le même émerveillement, ou en laissant le lieu emblématique tranquille pour une année.Et si tu te dis « mon geste ne pèse rien », rappelle-toi Shark Bay. Là-bas, il a suffi de passer d'un opérateur touristique à deux pour que la courbe des dauphins s'infléchisse de près de 15 % dans la zone concernée. Une seule entreprise de plus a suffi, là où personne n'imaginait encore une foule de milliers de personnes. Or une entreprise de plus existe parce qu'elle répond à une demande et trouve des client·es donc la décision de réserver ou de renoncer est précisément celle qui revient à chacun·e d'entre nous. Notre geste pèse donc exactement ce que pèse un ticket vendu !


Des limites, toujours des limites !


Après, oui, franchement et évidemment, il ne suffit pas de fermer les sites pour que tout aille mieux.



Des communautés vivent du tourisme. Les recettes de Maya Bay en témoignent : quand on ferme, quelqu'un perd un revenu, notamment celles et ceux qui conduisent les bateaux, vendent les repas ou louent le matériel. Je n'ai pas trouvé de chiffres fiables sur les compensations ou les activités de remplacement qui ont été proposées à ces personnes en Thaïlande. Mais j'ai quelques infos ailleurs :


  • À Komodo, la communauté Ata Modo a soulevé la question lors d'une réunion avec l'autorité du parc en 2026 et l'alliance des communautés de l'île juge incohérent d'imposer des quotas stricts tout en autorisant de gros investissements privés, notamment sur l'île de Padar. L'autorité du parc rejette tout lien entre les deux... oui, oui, ça sent fort le conflit d'intérêts.


  • Aux Fidji, la logique est inversée : ce sont les villages qui décident eux-mêmes des fermetures (le tabu), sous l'autorité coutumière, avec le soutien du réseau FLMMA (Fiji Locally-Managed Marine Area, un réseau d'aires marines gérées localement). On y comptait plus de 400 communautés et 415 fermetures sans prélèvement dans 257 zones de gestion traditionnelles, et là où les règles sont tenues, même de très petites fermetures augmentent la taille et l'abondance des poissons. Ces fermetures concernent surtout la pêche mais certaines plages ou îles ferment aussi aux touristes.


  • Au Rwanda, la part des recettes du parc des Volcans reversée aux communautés voisines est passée de 5 % à 10 %.


Le tourisme peut aussi financer la protection. Dans beaucoup d'aires protégées, les droits d'entrée paient les gardes et la surveillance. Les supprimer sans alternative peut fragiliser la conservation elle-même et l'équilibre varie énormément selon les sites et je n'ai pas de chiffre général à donner, mais il y a des cas parlants :


  • Brésil, Pantanal. Une étude de Global Ecology and Conservation estime que le tourisme lié au jaguar génère environ 6,8 millions de dollars de revenu brut annuel sur la zone étudiée, contre des pertes de bétail hypothétiques d'environ 121 500 dollars par an causées par les jaguars.


  • Rwanda. Le permis pour passer une heure avec les gorilles de montagne a vu son prix doubler, de 750 à 1 500 dollars et une part des recettes revient aux communautés voisines.


  • Costa Rica. Les droits d'entrée comptent parmi les principales sources de financement du Système national des aires de conservation (SINAC).


  • Afrique du Sud. SANParks (South African National Parks) a dépassé 4 milliards de rands de revenus en 2025, pour la première fois de son histoire, dont environ 75 % proviennent d'activités touristiques et réinvestit cet argent dans l'entretien et l'amélioration des parcs (EWN, octobre 2025).



Et pourtant, la question reste là, posée au milieu de ces chiffres : les animaux ne devraient pas avoir besoin de nous rapporter de l'argent pour avoir le droit d'exister. Et oui, c'est ça qui coince : que fait l'économie dans l'équation du règne animal ? Tant que le monde fonctionne ainsi, essayons au moins de minimiser le dérangement pour chaque euro encaissé.


Une jauge peut devenir un privilège. Quand l'accès à un lieu est limité, il faut bien décider qui entre. Si c'est la personne qui réserve six mois à l'avance ou qui paie le plus cher, la nature « protégée » devient un produit de luxe réservé à celles et ceux qui ont du temps et de l'argent. Le dispositif de Sugiton prend le contre-pied : la réservation est gratuite, donc ouverte à tout le monde et seule la date limite le nombre de places, ce qui donne à chacun·e la même chance quel que soit son pouvoir d'achat. À l'autre bout, le permis pour les gorilles du Rwanda finance beaucoup de protection et réserve aussi l'expérience à un public aisé. Les deux modèles ont leurs raisons !


Disperser les visiteur·euses déplace aussi le problème. Si on les envoie ailleurs sans préparer ces autres sites aux fréquentations, on risque de répartir le dérangement sur plus d'espèces... Ce sujet, aussi intéressant que complexe, montre à quel point il faut raisonner site par site, avec des données locales et on comprend aussi que la bonne solution change d'un endroit à l'autre... en espérant que les initiatives se multiplient !


Ce que je me demande en construisant un carnet de voyage Anima :


Quand je construis mes carnets sur-mesure, je sélectionne minutieusement les hébergements et les activités, voici les questions que je me pose et que tu peux te poser toi aussi pour ton prochain séjour :

  • Cet endroit a-t-il une jauge ou un encadrement qui le protège ?

  • En quelle saison les animaux y sont-ils les plus vulnérables ?

  • Existe-t-il une alternative moins connue/moins impactante sur la faune qui offre une rencontre comparable ?

  • Les retombées locales servent-elles à protéger le lieu et les habitant·es ?


Ce que j'ai gardé pour moi


Au Costa Rica, j'ai découvert un spot absolument merveilleux après être restée trois heures à table dans un restaurant boui-boui, à discuter avec la cuisinière, qui avait l'âge de ma maman. On a tellement sympathisé qu'elle m'a emmenée me promener à l'arrière de sa maison-restaurant et m'a montré un accès même pas privé, à deux pas de chez elle, qui menait à une rivière à la couleur azur magique et irréelle. Je me suis dit que jamais de la vie je ne pourrais recommander ce coin-là, ce serait complètement cata, alors que dans l'endroit le plus connu de la rivière, il est déjà interdit de se baigner. Cette dame se délectait de ce privilège, elle m'a montré le spot et nous avons passé un deal : je n'en parlerais pas. Le deal tient toujours, ce qui fait peut-être de moi la seule auteure de guides de voyage avec une clause de confidentialité signée verbalement. Je ne regrette rien, et je crois que c'est la plus belle recommandation que j'aie jamais faite : celle que je n'ai pas donnée !


Sources


 
 
 

Commentaires


bottom of page