Femme anxieuse, je trouve auprès des animaux ce que le monde des hommes m'a rarement offert
- manonlzchauvin
- 5 août
- 5 min de lecture
Je vais être franche, parce que ce sujet me tient trop à cœur pour que je tourne autour du pot. On va clairement sortir de mon coeur de métier et des sujets que j'aborde classiquement mais ça revient beaucoup trop souvent dans les conversations ces dernières semaines.

Je suis une femme, je suis anxieuse et c'est auprès des animaux que je trouve la paix. Mon chien contre lequel je me blottis, les chants d'oiseaux le matin, la surprise d'un animal sauvage qui croise mon chemin. Le chat du voisin qui vient se frotter à mes jambes en guise de bonjour et qui s'en va sans rien demander de plus. Là, et souvent là, je respire, je ressens une joie bête, une joie de gamine qui a trouvé un trèfle à quatre feuilles. Longtemps je l'ai vécu comme une petite faille intime, presque une fragilité à cacher. On a tellement répété aux femmes que leur attachement aux animaux était de la sensiblerie, un excès de cœur un peu ridicule, que j'avais fini par y croire moi aussi. Puis j'ai réalisé que c'était franchement bien plus profond, bien plus politique que ça et je veux pouvoir en parler sans filtre.
Un apaisement qui n'a rien d'anodin
Commençons par le ressenti, brut tel qu'il est, tel que je le ressens. Quand je me blottis contre mon chien, son odeur forte de staff et son petit museau qui vient chercher le roulage de pelle, il se passe quelque chose que peu de relations humaines m'ont offert,
un sentiment de sécurité totale, sans arrière-pensée, sans danger. Sa présence me calme, m'ancre et me rassure face à un monde qui, pour une femme, est souvent une source d'alerte permanente, lui est un rempart de douceur.
Si je m'adresse aux femmes, je pense qu'elles savent très bien où je vais avec ce mot : la sécurité. Une femme, dans l'espace public, apprend très tôt à rester sur ses gardes et que, accessoirement, cet espace public ne lui appartient pas, elle n'est pas en sécurité dans cet environnement là à surveiller. À anticiper le regard de trop, le geste déplacé, la remarque, la menace. Cette vigilance-là, sourde et franchement épuisante, on la porte en permanence, cette vigilance qui fait partie de la charge mentale finalement. Mais auprès de mon chien, elle tombe. Enfin il n'y a rien à craindre, il n'y a rien à surveiller. C'est un des rares endroits où mon corps de femme se détend vraiment.
Femmes et animaux, la même laisse
Et c'est là que ça devient évident, quand on relie les points. L'autrice Ovidie l'a magnifiquement mis en mots dans son livre Assise, debout, couchée. Elle montre que les femmes et les chiens partagent une histoire commune de domination. (Ovidie, "Assise, debout, couchée", 2024.)
Pense au vocabulaire, déjà. "Chienne", "chatte", "cochonne" : les insultes qu'on jette aux femmes sont des noms d'animaux femelles. Comme si rabaisser une femme et rabaisser une bête relevaient du même geste, de la même mécanique de mépris. Ovidie va plus loin : le capitalisme, dit-elle, s'est construit sur une double exploitation, celle des animaux et celle du corps des femmes. Toutes deux domestiquées, contrôlées, jugées sur leur apparence, sommées d'obéir, de plaire, de se taire. Femmes et animaux, en première ligne des rapports de domination du système patriarcal. Ce n'est pas un hasard si le féminisme et la cause animale ont si souvent fait route commune, de Louise Michel aux militantes d'aujourd'hui.
Alors on se reconnaît
Quand on comprend ça, on comprend pourquoi le lien entre une femme et un animal peut être si intense, si réparateur. Et c'est même plus fort que de la tendresse, je le ressens comme une forme de reconnaissance entre deux êtres que le même système écrase. Une alliance silencieuse entre celles et ceux qu'on a mis, comme dit Ovidie, tout en bas de l'échelle des vies.
Mon chien et moi, on se comprend d'une drôle de façon. On sait, chacun à notre manière, ce que c'est que d'être considéré comme une créature à dresser, à contrôler, à posséder. Face aux attentes, aux jugements, aux injonctions. Et dans notre relation à nous, il n'y a rien de tout ça, aucun rapport de force. Je ressens la paix, pas de domination, pas de justifications, juste deux vivants qui se tiennent chaud dans un monde dur. Je trouve qu'il y a quelque chose de profondément politique dans ce réconfort.
Une relation qui, elle, est saine
Ce qui me bouleverse le plus, c'est la nature de ce lien inter-espèces.On dit parfois que la relation avec un animal est "pure", je préfère dire qu'elle est saine. J'insiste sur la nuaance !
Avec mon chien, il n'y a pas de chantage, pas de manipulation, pas de ces jeux de pouvoir, de ces non-dits toxiques qui empoisonnent tant de relations humaines. Je sais à quoi m'attendre, je le connais, je sais qu'il est fiable, j'ai confiance en lui. Il est entier avec moi, tout le temps, sans masque, sans calcul. Il ne me demande rien, je ne lui demande rien et pourtant on se donne tout. Dans un monde où tant de liens sont abîmés par les rapports de force, par la peur, par la violence, cette relation-là est d'une simplicité et d'une honnêteté qui font presque monter les larmes. Elle me rappelle ce qu'un lien devrait être ou alors ce qu'un lien peut être...
La gratitude comme acte de résistance
Alors oui, j'éprouve de la gratitude, une immense gratitude même. Pour mon chien, pour les oiseaux qui chantent, pour l'animal sauvage imprévisible qui traverse mon chemin et ne me doit rien. Ces présences me rendent quelque chose que le monde des hommes m'a trop souvent volé : le droit de baisser la garde, d'être vulnérable sans danger, d'exister sans avoir à me défendre.
Et je crois que le dire, l'écrire, l'assumer, c'est déjà un geste politique. C'est pas abusé de poser les mots sur ça. Affirmer que je trouve ma paix auprès des animaux plutôt que dans les codes d'un monde patriarcal, ce n'est pas de la sensiblerie de femme fragile, comme on a voulu le faire croire pendant des siècles. Sais-tu qu'en 1893, un manuel de psychiatrie affirmait que "l'affection exagérée pour un animal relève de la maladie mentale" ? On a longtemps pathologisé, moqué, ridiculisé les femmes qui aimaient trop les bêtes... comme par hasard.
Mon amour des animaux n'est pas une faiblesse : pour moi rien de plus lucide et c'est même une forme de résistance. Choisir la douceur, le lien sain, le respect du vivant, dans un monde qui carbure à la domination, c'est un ACTE. Et si mon plus grand apaisement, je le trouve blottie contre un chien, entourée de chants d'oiseaux, alors c'est là que je puise ma force pour continuer à me battre pour elles, pour eux, pour nous.
Chez ANIMA, je crois profondément à la puissance réparatrice du lien au vivant. Si toi aussi tu trouves ta paix auprès des animaux et que tu veux la vivre en voyage, écris-moi.
Sources
Parallèle entre la domination des femmes et celle des chiens, vocabulaire ("chienne"), double exploitation (femmes et animaux), convergence féminisme/cause animale (Louise Michel) : Ovidie, "Assise, debout, couchée", 2024. Pathologisation historique de l'attachement aux animaux (manuel de psychiatrie, 1893) : cité dans "Assise, debout, couchée". Convergence historique des luttes féministes et antispécistes : Réjane Sénac, "Comme si nous étions des animaux".




Commentaires