Écotourisme et faune sauvage : comment repérer les pièges (et choisir juste)
Je commence par le chiffre qui devrait tous nous faire loucher :
Une étude de l'université d'Oxford, portant sur plus de 50 000 avis TripAdvisor déposés sur des attractions animalières, a montré que 80 % des touristes laissent des avis positifs sur des lieux où les animaux sont maltraités. (WildCRU, université d'Oxford, pour World Animal Protection.)
Quatre personnes sur cinq ! Et on parle d'une foule de personnes qui est généralement loin d'être insensible aux animaux : la plupart des personnes sont venues précisément parce qu'elles aiment les animaux.

Écotourisme et faune sauvage : à ne pas confondre !
On associe beaucoup mon travail à l'écotourisme. Je ne suis pas experte dans ce domaine mais oui il y a un rapport je vous l'accorde ! C'est un mot à la mode, j'aime me dire que ça prouve que les consciences bougent, mais l'écotourisme c'est mieux voyager, mieux consommer, moins abîmer. Je pense franchement pas que ce soit une tendance passagère, ça a transformé les façons de voyager et c'est d'ailleurs l'évolution logique du tourisme à mesure que les mentalités avancent.
Mais y a un sacré petit problème : ce qu'on en a fait commercialement.
Tu ouvres un site, tu scrolles sur Insta, tu tombes sur une vidéo promotionnelle ou sur un lodge en pleine forêt avec du bois brut et des lianes partout. Il y a le mot « éco » quelque part, une police en vert forêt, une photo de toucan et les photos d'un staff avec des tee-shirts flanqués d'une fougère dans le dos. Tu apprends qu'ils trient le papier, qu'ils ont banni les pailles en plastique et qu'ils ne changent tes serviettes que toutes les 72 heures. Un petit panneau te félicite d'ailleurs de sauver la planète en réutilisant ta serviette, alors que tu es surtout en train de leur économiser une machine.
Et sans qu'on s'en rende compte, tout ça fait baisser la garde.
En même temps c'est là que ça se joue : du moment que le design est vert, qu'il y a un arbre, une rivière ou de la jungle sur la page d'accueil, on présume que c'est bien. Alors qu'une structure touristique qui compte des arbres et une rivière ne respecte pas le vivant pour autant : elle est juste située dans la nature en fait. C'est un bon début maaaaais ça fait pas tout !
Le cœur du problème, en une phrase
L'écotourisme promet notamment trois respects : les milieux, les populations locales et les animaux. Sauf que le troisième... c'est jamais très évident à vérifier.
On regarde les panneaux solaires, le compost, le circuit court, l'emploi local. Ce sont des choses concrètes, visibles, importantes, mesurables ! Le bien-être des animaux, lui, ne se voit pas depuis le parking, ne figure pas sur les documents et personne ne s'en préoccupe vraiment. Alors c'est c'est lié, ça devrait être lié mais qui dit éco-friendly ou écotourisme ne dit pas forcément bien-être animal.
Un lieu peut être irréprochable écologiquement et catastrophique pour les animaux. Zéro plastique, énergie renouvelable, produits locaux... et des animaux captifs, conditionnés, exposés en continu. Les deux sujets sont totalement indépendants et c'est exactement dans ce flou que s'engouffre le marketing. Alors je te propose qu'on remette les choses dans l'ordre, qu'on démonte les pièges et que je te donne quelques repères que j'utilise vraiment.
Trois mots à ne pas confondre
L'écotourisme, désigne une forme de voyage centrée sur la découverte de la nature, dans le respect des écosystèmes et des populations locales, avec un bénéfice réel pour les communautés d'accueil. C'est une façon de découvrir le monde en abîmant le moins possible.
L'éthique animale, c'est autre chose : l'éthique, appliquée aux animaux, c'est la question de ce qu'on se permet de leur faire. Elle ne se mesure pas à nos intentions mais aux conséquences pour eux. Est-ce que cet animal peut refuser ? Est-ce que ma présence lui coûte quelque chose ? Est-ce que je suis en train de lui imposer quelque chose ? De lui nuire ?
La faune sauvage, ce sont des animaux libres, qui ne dépendent pas de nous, qui ont leur territoire et leurs petites vies bien à eux. Ni décor, ni ressource, ni attraction (et surtout, ce n'est pas la même chose qu'un animal né en captivité).
Autrement dit : le premier parle de la planète et cocher ce premier critère ne dit strictement rien des deux autres.
Le mot qui ne veut plus rien dire
Le mot « écotourisme » n'est protégé par aucune loi. En France, en Europe et à ma connaissance nulle part dans le monde, il n'existe pas de définition juridique contraignante qui interdirait à quelqu'un de s'autoproclamer « écolodge » ou « réserve éthique ».
Il existe bien des définitions de référence, notamment celle de l'Organisation mondiale du tourisme, et des certifications privées. Mais une définition de référence n'est pas une loi : personne ne sera jamais poursuivi pour avoir écrit « écotourisme » ou « écolodge » sur son enseigne, quoi qu'il fasse derrière.
Et petits roulements de tambours, oui c'est bien cela qu'on appelle le greenwashing : l'art de se donner une image verte et responsable qui ne correspond pas du tout à la réalité. Dans le tourisme animalier, ce maquillage est particulièrement pervers et dégueulasse, parce qu'il joue sur notre amour sincère des animaux pour nous vendre parfois tout l'inverse.
Le greenwashing
Le greenwashing, c'est afficher une vertu qu'on n'a pas pour vendre quelque chose et surtout, c'est utiliser cet affichage pour masquer le problème central.
Quelques exemples que j'ai croisés sur le terrain, tous authentiques dans leur principe :
Le lodge qui communique sur ses pailles en bambou et ses gourdes réutilisables, mais qui importe de la viande d'autres pays pour préparer le dîner du soir et fait trôner un aquarium géants de poissons venus d'un autre océan de la planète dans leur hall d'accueil. Le parc qui met en avant sa station d'épuration flambant neuve et qui fait des spectacles avec des rapaces qu'ils continuent de "prélever" à l'état sauvage. Il y a aussi l'opérateur qui vante ses bateaux à moteur électrique pour approcher les dauphins de beaucoup trop près. La structure qui reverse 1 % à une association de conservation, sans jamais dire laquelle ni combien ça représente. Et le grand classique : le « nous plantons un arbre par réservation », qui ne dit strictement rien de ce qui se passe une fois que tu es sur place, t'arrives limite avec ta pelle sous le bras prêt à en découdre mais zéro communication ou mise en place à ce sujet.
Et puis à chaque fois, la mécanique est la même : une petite vertu très visible sert de paravent à une grosse question qu'on préfère ne pas te voir poser.
Et pour répondre à la question inverse, qui est intéressante : un opérateur de tourisme animalier peut légitimement se revendiquer de l'écotourisme si son activité respecte à la fois les milieux, les populations locales et les animaux. Mais l'inverse ne fonctionne pas : afficher une démarche écologique ne dit rien de la façon dont on traite le vivant.
Et honnêtement, ça vaut aussi pour moi : travailler dans le tourisme animalier éthique ne signifie pas automatiquement que je fais de l'écotourisme. Ce sont deux exigences distinctes : je peux construire un voyage irréprochable sur le plan animal et discutable sur le plan de l'empreinte carbone.
Le repère qui ne trompe pas
Petite chose contre-intuitive et pourtant très fiable : les vrais professionnels du tourisme durable parlent rarement de tourisme durable. Ils précisent, ils détaillent, ils montrent.
Sur le terrain, la différence est flagrante. Il y a celui qui te tend un dossier de 47 pages en couleurs avec des photos de toucans et de coucher de soleil. Et puis il y a celui qui t'emmène directement voir le compost, le potager, l'installation géothermique et qui t'explique en trois minutes pourquoi son système de récupération d'eau ne fonctionne pas encore correctement. Ceux qui badigeonnent tous leurs textes de « vert », « éthique » et « responsable » sans jamais rien prouver ont généralement quelque chose à cacher.
Les quatre pièges
Piège n°1 : le mot « sanctuaire »
Commençons par la définition réelle : un sanctuaire est un lieu qui accueille des animaux incapables de retourner à l'état sauvage, pour qu'ils y vivent tranquillement jusqu'à leur mort, sans qu'on leur demande quoi que ce soit en échange. Ce n'est ni un business, ni un parc d'attractions, ni un CDI de figurant avec obligation de sourire au public le week-end.
Le mot rassure immédiatement : ça évoque direct la paix, le refuge, la réparation. Et pourtant il n'a strictement aucune valeur juridique. Concrètement, ça veut dire qu'un établissement peut ouvrir demain, commander une enseigne « Sanctuaire de la faune sauvage », l'imprimer sur ses brochures, sa billetterie et ses panneaux directionnels, et que personne n'aura le droit de lui demander des comptes sur ce mot. Ni l'État, ni un organisme de contrôle, ni un concurrent.

Et depuis que les zoos et les cirques ont mauvaise presse, toute une génération d'établissements a fleuri avec un vocabulaire irréprochable. « Sanctuaire », « refuge », « parc sauvage », « réserve », « havre », « conservatoire », « centre de préservation ». Le champ lexical est infini... Derrière la façade, on retrouve souvent les mêmes pratiques : des animaux qu'on peut caresser, porter, nourrir, photographier.
Le point qui trahit tout : les bébés
Et il y a un indice imparable auquel on fait pas assez attention : s'il y a des bébés toute l'année, c'est qu'on les fait naître en continu. Et d'ailleurs je vais prendre le temps de parler de la reproduction en captivité parce que c'est technique mais que la nuance compte.
Déjà, faut savoir qu'il existe un cadre encadré et scientifique : les EEP (EAZA Ex-situ Programme), les programmes d'élevage coordonnés par l'Association européenne des zoos et aquariums depuis 1985. Chaque programme a un coordinateur, un registre généalogique (le studbook), des analyses génétiques et démographiques. Chaque année, le coordinateur en question décide quels individus précis doivent se reproduire et lesquels ne doivent pas, puis également quels animaux doivent être transférés. En tout, plus de 400 espèces sont concernées et certaines réintroductions réussies en découlent : le bison d'Europe, l'oryx d'Arabie, le tamarin lion doré.
Mais deux réserves importantes : d'abord, une partie de ces programmes concerne des espèces qui ne sont pas menacées selon l'UICN, ce qui interroge sur leur finalité réelle. Ensuite et surtout, toute reproduction menée hors de ce cadre n'a aucune justification conservatoire : logique !
Donc quand un lieu te présente des bébés en permanence sans faire partie d'aucun programme coordonné, sans studbook, sans plan de réintroduction, la question est réglée : on ne fait pas naître des animaux pour la conservation, on les fait naître parce que les bébés attirent du monde et font tourner le business, point barre.
La règle d'or
Un vrai sanctuaire ne te laissera jamais poser pour une photo avec un animal sauvage. Son objectif est le bien-être de l'animal, pas ton expérience.
Et les lieux réellement sérieux ne sont souvent pas ouverts en continu. Ils ferment, précisément pour offrir du répit aux animaux. C'est le seul secteur touristique où le fait de te compliquer l'accès est un gage de sérieux.
Piège n°2 : le contact vendu comme un privilège
Tenir une tortue dans la paume, marcher trompe dans la main avec un éléphant, porter un koala, nourrir une girafe. On te vend ça comme un moment rare et magique.
Mais tu te doutes bien que pour te rapprocher autant d'un animal sauvage, il a fallu le conditionner, briser sa méfiance naturelle, parfois le séparer de sa mère très tôt. Bref, je comprends totalement que ça puisse être magique pour toi mais c'est surtout une contrainte pour lui.

Mais soyons honnêtes : il faut nuancer (toujours !)
Sur le nourrissage d'abord. Il existe de vrais refuges où les animaux sont nourris devant les visiteurs, et ça n'a rien de choquant en soi : il faut bien les nourrir, et le faire pendant les heures d'ouverture permet au public de comprendre. Si l'animal peut ignorer la distribution, s'éloigner, refuser, la relation reste acceptable. S'il est amené, tenu, exposé au moment voulu, non, non, non et non !
Sur le contact ensuite. Certains sanctuaires récupèrent des animaux qui ont vécu des années au contact des humains : bébés arrachés à leur mère et imprégnés, animaux saisis chez des particuliers, rescapés de laboratoires, de cirque ou de trafic. Ces individus-là sont parfois attachés à la présence humaine et la leur retirer brutalement serait une seconde violence...
Donc oui, faut quand même faire la distinction : un tigre saisi chez un particulier qui finira ses jours en refuge n'a pas le même besoin qu'un jeune animal destiné à être relâché.
La distinction utile est donc celle-ci : quel est le projet pour cet animal ?
S'il s'agit d'une structure de réhabilitation, dont l'objectif est le retour à la nature, alors chaque contact humain réduit ses chances. Te proposer de nourrir un animal au biberon avant son relâcher est un problème grave, parce que ça compromet directement son avenir !
S'il s'agit d'une structure de retraite, qui accueille des animaux définitivement inaptes à la liberté, la question change complètement. Le contact peut être justifié, voire nécessaire pour certains individus, à condition qu'il réponde à leur histoire et pas aux envies et aux attentes des visiteurs. Et dans ce cas, un droit d'entrée qui finance la structure n'a rien d'un gros mot non plus hein : ce qui compte, c'est que la décision parte de l'animal et de son parcours.
Piège n°3 : le nourrissage pour « mieux les voir »
Aaaaaah celui-ci... le grand classique ! On appâte pour rapprocher les animaux et garantir aux visiteurs qu'ils verront quelque chose.
Je vais te raconter deux souvenirs de terrain, tous les deux vécus en enquête.
Je me souviens en enquête au Costa Rica, sur le río Tárcoles. Une balade tranquille en panga, à observer les oiseaux aux jumelles et à écouter les singes hurleurs. Ambiance parfaite, ultra chill et contemplative. Et là, le guide sort d'énormes morceaux de viande qu'il suspend au bord de l'embarcation pour faire monter les crocodiles.

Ce qui est FOU, c'est que c'était (et ça l'est toujours) illégal au Costa Rica depuis longtemps. La loi de conservation de la vie sauvage n° 7317, en son article 116, interdit le nourrissage de la faune sauvage. Et en 2014, le SINAC (le système national des aires de conservation) a explicitement ordonné à tous les opérateurs de Tárcoles de cesser de nourrir les crocodiles.
Ce qui a suivi ? Un opérateur a déclaré avoir perdu la moitié de sa clientèle, parce que les autres opérateurs arrivaient beaucoup mieux à vendre un « tour de nourrissage de crocodiles » qu'une simple sortie en rivière.
Et les conséquences documentées côté animaux sont lourdes : des crocodiles installés sur les plages, des attaques de surfeurs, des entrées de parcs nationaux fermées, des attaques sur des hommes... Les autorités ont été très claires sur la mécanique : nourrir un crocodile lui apprend à associer les humains à de la nourriture, même s'il ne nous considère pas naturellement comme des proies.
« Mais une fois, ça ne change rien, si ? »
C'est l'objection qu'on me pose très souvent et même si une poignée de nourriture isolée ne transformera probablement pas un individu à elle seule... et bien faut savoir qu'on est jamais seul. Ces sorties tournent tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, pendant des années. L'animal, lui, ne compte pas les touristes : il enregistre une régularité et fait ses petites déductions.
Le crocodile de Tárcoles n'a pas appris que « ce bateau-là » apporte du poulet. Il a appris que les bateaux apportent de la nourriture. Et à partir de là, il vient vers les bateaux... y compris celui du petit pêcheur solo qui n'a rien demandé.
On n'a pas créé un crocodile agressif mais on a créé un crocodile qui associe les humains à un repas !
On créé le problème !
Il faut bien mesurer que nourrir un animal sauvage reconfigure tout un système.
Ça modifie les densités : les animaux se concentrent artificiellement sur les points de nourrissage, ce qui favorise la transmission des maladies. Ça modifie les rapports entre espèces, parce qu'une espèce nourrie devient dominante et en évince d'autres. Ça modifie le territoire, puisque les animaux abandonnent leurs zones d'alimentation naturelles et ça crée une dépendance saisonnière dramatique quand la saison touristique s'arrête.
J'ai vu le résultat au Cambodge et au Laos, avec des singes d'une agressivité que je n'avais jamais observé ailleurs. Tellement habitués à recevoir que le simple fait d'écarter un en-cas déclenchait des réactions ultra-violentes. J'avais réellement peur, et ces animaux-là n'étaient pas méchants : ils avaient juste appris que la nourriture nous appartenait et qu'il fallait la prendre.
Piège n°4 : les preuves qui n'en sont pas
Un beau site, des photos bien léchées, un logo « certifié » en bas de page, quelques avis dithyrambiques, et la confiance s'installe toute seule. Mais oui tu me vois venir : rien de tout ça ne prouve quoi que ce soit.
Les avis en ligne doivent être lus avec méfiance. Les faux témoignages existent, les avis générés automatiquement aussi et les profils sans historique signés d'un prénom générique doivent alerter. Mais surtout, souviens-toi de ce chiffre : 50 000 avis TripAdvisor a montré que 80 % des touristes laissent des avis positifs sur des lieux où les animaux sont maltraités. Un avis ne mesure pas le bien-être animal, il mesure la satisfaction du visiteur !
Les appels aux dons permanents méritent aussi ton attention. Une structure qui fait de la collecte son principal mode de communication, avec des campagnes publicitaires massives, doit pouvoir expliquer précisément où va l'argent. Le secteur a connu plusieurs affaires médiatiques ces dernières années et la vigilance est légitime.
Et il est aussi très facile de se perdre dans les les labels, il en existe des dizaines, avec des niveaux d'exigence sans aucun rapport entre eux. Le problème principal est structurel : beaucoup de labels fonctionnent sur un modèle commercial. L'établissement paie une formation, paie l'audit, paie le droit d'usage du logo, paie la formation de ses équipes, puis paie chaque année pour conserver le label. L'organisme certificateur vit donc de ceux qu'il certifie. Ce n'est pas nécessairement malhonnête, mais ça crée un conflit d'intérêts évident et ça exclut de fait les petites structures vertueuses qui n'ont pas les moyens...
Donc un label n'a de valeur que si l'organisme qui le délivre est indépendant et ne tire pas son revenu de l'établissement certifié. Ça réduit considérablement la liste.
Et méfie-toi de la vertu affichée qui masque le problème central : le lodge qui communique sur son compost et ses gourdes réutilisables, mais qui propose une balade à dos d'éléphant dans son programme par exemple...
Maintenant, les clés pour choisir juste
Voici la checklist que j'utilise vraiment, à chaque fois.
1. Zéro contact et une observation active
Pas de câlin, pas de photo au contact, pas de nage imposée. Si on te promet de toucher, pareil tu passes ton chemin. Et observe activement ce que l'animal te dit. Un cervidé qui se fige n'est pas curieux, il est paralysé par la peur. Un dauphin qui claque sa nageoire caudale à la surface signale une alerte : il te demande de t'éloigner, pas de le rejoindre. Apprendre à lire ces signaux vaut mieux que n'importe quelle distance en mètres.
2. L'animal reste libre de partir
La meilleure garantie éthique tient en une phrase : l'animal peut à tout moment s'éloigner, refuser l'interaction, vaquer à ses affaires. C'est lui qui décide.
Et ça vaut aussi en captivité : un animal doit pouvoir s'isoler du regard des visiteurs, disposer d'une zone où il n'est pas visible, ne pas être exposé aux yeux du public en continu. Un enclos sans zone de retrait est un enclos mal conçu !
3. Pas de reproduction sans cadre
S'il y a des bébés en permanence, c'est un élevage. Un vrai refuge stérilise ou sépare, précisément pour ne pas produire d'animaux supplémentaires.
Et pour la reproduction en captivité, la question à poser est simple : faites-vous partie d'un programme coordonné (EEP ou équivalent international) avec un studbook, un coordinateur et un plan de réintroduction écrit ? Si la réponse est floue, il n'y a pas de projet de conservation !
4. La transparence et surtout l'individu
Un lieu sérieux explique d'où viennent ses animaux, pourquoi ils sont là, ce qu'il compte en faire et répond sans se braquer. Mais après toutes ces années de terrain, le vrai marqueur pour moi est ailleurs : c'est quand on te raconte l'histoire de l'animal. Son nom, son parcours, dans quel état on l'a trouvé, ce qu'il a vécu avant. À l'opposé du panneau qui ne parle que de l'espèce, de son aire de répartition et de son statut UICN.Un lieu qui nomme et qui raconte a reconnu un individu. Un lieu qui ne présente qu'une espèce a affaire à un stock.
5. Une reconnaissance extérieure (mais pas seulement la GFAS)
Pour les sanctuaires, la référence mondiale est la GFAS (Global Federation of Animal Sanctuaries), un organisme indépendant fondé en 2007, dont l'accréditation est réputée très difficile à obtenir.
Mais attention à ne pas en faire un couperet, ce serait injuste. Beaucoup de structures sérieuses n'ont pas la GFAS, tout simplement parce que la démarche est lourde, coûteuse, très anglo-saxonne et hors de portée de plein petites associations qui compte déjà ses euros pour nourrir ses pensionnaires.
Il existe d'autres formes de reconnaissance extérieure qui valent quelque chose. En Europe, EARS (European Alliance of Rescue centres and Sanctuaries) réunit refuges et sanctuaires : le Refuge de l'Arche, en Mayenne, en est membre depuis 2015, et l'association qui le gère est reconnue d'utilité publique depuis 2014. Voilà typiquement une reconnaissance solide sans passer par la GFAS.
Ce qu'il faut retenir : cherche une validation par un tiers indépendant, quelle qu'elle soit. Accréditation internationale, appartenance à un réseau exigeant, reconnaissance d'utilité publique, partenariats scientifiques vérifiables. Ce qui doit t'alerter, c'est l'absence totale de regard extérieur (pas l'absence d'un label précis).
6. Un guide qui connaît et qui cadre
Un bon guide impose les distances, explique les comportements, et refuse de forcer une rencontre. S'il propose d'appâter ou de s'approcher davantage pour la photo, ce n'est pas un bon guide, quelles que soient ses compétences par ailleurs.
7. L'incertitude assumée
Une expérience éthique ne te garantit JAMAIS de voir tel animal. La nature n'est pas un parc d'attractions et cette honnêteté-là vaut beaucoup.
Le vrai luxe, c'est le sauvage

Revenons à la question du départ, celle qui traverse tout cet article : pourquoi est-ce qu'on peut être écotouristique et catastrophique pour les animaux ?
Parce que ce sont deux exigences qui ne parlent pas de la même chose. L'écotourisme te demande de ne pas abîmer un lieu. L'éthique animale te demande quelque chose de bien plus dérangeant : de renoncer à ce que tu étais venu chercher.
Le tourisme animalier classique te vend la proximité : toucher, nourrir, approcher, capturer en photo et si on y réfléchit, c'est la traduction exacte de notre rapport général au monde. On a appris que la valeur d'une expérience se mesure à ce qu'on en rapporte donc on ne rencontre plus, on acquiert, on visite, on collectionne... Le voyage lui-même est devenu un produit qu'on consomme. L'appropriation est devenue notre mode de relation par défaut, on est quasiment tous programmés comme ça maintenant.... Aimer quelque chose, c'est vouloir l'avoir. Aimer un animal, c'est vouloir le toucher, le posséder un instant, en ramener une image...
C'est exactement pour ça qu'un lodge peut installer des panneaux solaires sans jamais remettre en cause ses enclos.
Un écotourisme qui mérite vraiment son nom devrait donc inclure ce troisième respect, celui dont on ne parle jamais : distance, patience et acceptation du hasard. Accepter de ne rien voir, accepter de ne rien rapporter.
Et voilà pourquoi c'est plus beau, très concrètement, de vivre quelque chose d'entier et nullement dénaturé. L'animal que tu as observé n'a rien perdu à ta présence, il ne t'a rien donné sous contrainte. Ce qui s'est passé entre vous s'est passé "gratuitement", dans les deux sens du terme. Et c'est précisément ce qui rend le souvenir inaltérable : tu n'as rien à te reprocher en y repensant.
Voir un animal vraiment sauvage, qui n'a pas été conditionné pour toi, qui vit sa vie et te laisse entrer un instant dans son monde sans rien te devoir : aucune photo au contact d'un fauve drogué ne pourra jamais égaler ça.
Le vrai luxe, c'est de laisser le sauvage... sauvage !
Avec ANIMA, je passe un temps fou à vérifier chaque lieu, chaque opérateur, chaque expérience que je propose pour être sûre qu'on soit du bon côté de cette ligne. Après plus de dix ans de terrain et d'écriture en tant qu'auteure de guides de voyages, je continue à t'orienter, te conseiller et concocter des voyages inoubliables ! Si tu veux voyager l'esprit tranquille, en sachant que la faune que tu observes est vraiment respectée, écris-moi. C'est tout mon travail.
Sources
Définitions de l'écotourisme et du tourisme durable : Organisation mondiale du tourisme (OMT). Absence de protection juridique des termes « écotourisme », « sanctuaire » et « refuge » : World Animal Protection ; QUATRE PATTES. Programmes d'élevage EEP (EAZA Ex-situ Programme, créés en 1985), fonctionnement par coordinateur et studbook, recommandations annuelles de reproduction et de transfert, plus de 400 espèces concernées, réintroductions issues de ces programmes (bison d'Europe, oryx d'Arabie, tamarin lion doré) ; réserve sur le fait qu'une partie des programmes concerne des espèces non menacées selon l'UICN : EAZA ; parcs zoologiques membres. Interdiction du nourrissage de la faune sauvage au Costa Rica : loi de conservation de la vie sauvage n° 7317, article 116. Ordre du SINAC (Système national des aires de conservation) adressé en 2014 à l'ensemble des opérateurs du río Tárcoles de cesser le nourrissage des crocodiles ; conséquences documentées (crocodiles sur les plages, attaques de surfeurs, fermetures d'accès, décès) et mécanisme d'association entre humains et nourriture : SINAC ; presse costaricienne. 80 % d'avis positifs déposés sur des attractions à faible bien-être animal, sur la base de plus de 50 000 avis analysés : WildCRU, université d'Oxford, pour World Animal Protection. Critères d'un sanctuaire respectueux : QUATRE PATTES France ; PETA France ; Global Federation of Animal Sanctuaries (GFAS, fondée en 2007) ; European Alliance of Rescue centres and Sanctuaries (EARS). Impact du nourrissage et du contact sur la faune (accoutumance, dépendance, agressivité, modification des densités et des rapports interspécifiques) : littérature éthologique sur le dérangement et l'habituation. Greenwashing dans le tourisme : analyses Xerfi ; Le Média du Voyage Durable.





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