top of page

Tu vois un animal maltraité en voyage : voici quoi faire (et surtout quoi ne pas faire)

14 sept.
11 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 sept.


Ça arrive malheureusement plus souvent qu'on ne le voudrait. Malgré la préparation, malgré nos convictions calées sur nos choix, nos excursions, nos itinéraires... on peut quand même tomber sur le pire. Au détour d'une rue, d'une plage, d'une attraction touristique, bref qu'importe où tu es, tu peux assister à une scène qui te retourne le bide : un animal enchaîné, affamé, exhibé, battu. Sur le moment, on se sent démuni, révolté et impuissant, on voudrait agir mais on ne sait pas comment. Trop de fois je suis repartie le cœur lourd, sans trouver le moyen de sortir un animal d'une situation absolument immonde.



Il y a une histoire en particulier que je raconte encore plus de dix ans après. C'était au Laos, dans une communauté animiste. J'y avais débarqué la tête pleine d'images toutes faites : des petits oiseaux qui font cui-cui, la certitude qu'on allait y sacraliser la moindre fourmi et respecter le moindre bout de caillou, j'étais à deux doigts d'imaginer serrer la main à Grand-Mère Feuillage le générique de Pocahontas en tête.


Au bout de 24h j'ai vite déchanté, pour mille et une raisons que je vais pas détailler ici mais il y avait notamment les femmes enceintes envoyées dans une espèce de forêt interdite quand elles perdaient les eaux pour aller accoucher toutes seules et le fait que les enfants mangent vivantes des immenses sauterelles. Mais bref passons sur ça : un soir un monsieur assez âgé me dit que dans quelques jours ils vont battre à mort plusieurs chiens dont un chiot qui allait être tué, sacrifié, parce qu'on le croyait habité par le démon. Et j'avoue, je l'ai kidnappé. Littéralement, je l'ai pris et je suis partie avec, avant de le confier à quelqu'un, beaucoup plus loin, en qui j'avais confiance. Est-ce que c'était la bonne méthode ? Franchement, non, mais j'avoue n'avoir aucun regret.


Mais je raconte ça parce que comme beaucoup ici, du moins j'imagine, je connais intimement cette pulsion de sauver, cette urgence qui te prend au ventre et qui te fait agir sans calculer. En même temps c'est compliqué de rester passif face à quelque chose qui pue autant l'injustice et la cruauté. Mais ce qui marche, ce n'est presque jamais l'héroïsme du moment, très malheureusement d'ailleurs. Alors voici quelques recommandations testées et recommandées par moi-même et les organisations de protection animale.


Le petit chiot en question photographiée après le kidnapping
Le petit chiot en question photographiée après le kidnapping

Règle numéro un : ne pas intervenir directement


Alors OUI CARRÉMENT, c'est totalement contre-intuitif mais je commence quand même par celui-ci parce que c'est le plus important. Face à un animal maltraité, le premier réflexe est de vouloir s'interposer, libérer l'animal, engueuler du fond de tes tripes le responsable. Cette scène où tu t'imagines coller une baffe théâtrale au bourreau du jour avant de repartir en courant, un animal sous le bras, cape au vent, elle est jouissive. Mais.. non faut pas faire ça.


Ça peut paraître violent (ça l'est), mais c'est une question de sécurité, la tienne et celle de l'animal. Intervenir physiquement peut te mettre en danger, surtout à l'étranger, dans un contexte que tu ne maîtrises pas, face à des gens dont tu ignores les intentions. Et puis surtout, ça peut aussi aggraver la situation de l'animal une fois que tu seras parti. Un animal blessé ou paniqué peut également te blesser lui-même. Ton rôle n'est pas d'être le héros de la scène, on parie plutôt sur le fait de déclencher une action efficace et durable... et ça passe par d'autres canaux.


Il y a aussi un piège dans lequel beaucoup de voyageur·ses tombent avec les meilleures intentions du monde : acheter l'animal pour le "sauver". Un singe en cage sur un marché, un oisillon vendu au bord d'une route. Ça part d'un élan magnifique, évidemment, sauf que ça finance directement le trafic. Pour te la faire courte : le vendeur, ravi de la vente, ira en capturer trois autres dès le lendemain pour renflouer son chiffre d'affaires. Tu sauves un individu et tu en condamnes plusieurs. Aussi douloureux que ce soit, ne paie jamais pour libérer un animal. C'est un conseil horrible et très contre-intuitif, mais il est légitime de le donner.


Règle numéro deux : documenter discrètement


La chose la plus utile que tu puisses faire, c'est recueillir des preuves. Je ne vais pas m'aventurer sur le terrain bien casse-gueule d'une justice qui fonctionne mal mais un fait demeure : sans preuve, un signalement reste une parole en l'air. Il faut absolument des images, celles qui valent 1000 mots, ou 1000 maux, en l'occurrence.


Filme et photographie la scène, discrètement pour ne pas t'exposer. (World Animal Protection ; Quatre Pattes.) Prends plusieurs angles, montre l'état de l'animal, ses conditions de détention et surtout, note le lieu le plus précisément possible : nom de l'établissement, adresse, coordonnées GPS de ton téléphone, date et heure. Plus tu donneras d'informations exploitables à ceux qui pourront agir, plus ton signalement aura de poids. Une vidéo floue sans localisation ne sert malheureusement à rien.


Et selon le contexte, tu peux aller plus loin en recueillant des témoignages. Interroge discrètement les voisin·es, les passant·es, d'autres touristes qui ont assisté à la même scène. Demande depuis combien de temps l'animal est là, si la situation dure, si d'autres personnes s'en sont déjà plaintes. Un témoignage recoupé par plusieurs sources transforme ton signalement isolé en faisceau d'indices et ça change tout pour les autorités ou les associations qui le recevront. Note les noms, les propos, la date... bref un maximum de choses.


Et si tu te trouves au fin fond d'un village, loin de tout, la question se pose légitimement : existe-t-il seulement une possibilité d'enquête ou d'intervention ? La réponse est oui, presque partout. La Malaisie, par exemple, dispose d'une agence nationale dédiée, le Perhilitan (Department of Wildlife and National Parks), chargée de faire respecter la loi sur la conservation de la faune sauvage, y compris dans les zones les plus reculées. Et quand l'autorité nationale semble hors de portée, les associations locales prennent le relais : des collectifs de terrain, des ONG régionales, parfois une seule personne mobilisée depuis des années sur un territoire précis. Ce maillage existe dans une majorité de pays, même quand ça reste discret, même quand ça te paraît complètement inexistant. Direction internationale ensuite si rien ne bouge localement : des organisations comme World Animal Protection, Quatre Pattes ou TRAFFIC ont l'habitude de relayer des signalements venus de l'autre bout du monde vers le bon interlocuteur sur place.


Et même de retour à ta guesthouse, parles-en ! Il y a de fortes chances que des personnes locales y travaillent, vivent dans le coin ou sachent même exactement de quoi et de qui tu parles. Franchement, c'est du vécu et ça peut faire évoluer les choses bien plus qu'un signalement isolé.


Règle numéro trois : signaler aux bons interlocuteurs




Une fois les preuves en main, il faut les adresser aux bonnes personnes et là ça dépend de la situation. Si l'animal est en danger de mort immédiat ou si tu suspectes une activité clairement illégale (braconnage, commerce d'espèces protégées, trafic), adresse-toi à la police locale le plus vite possible. C'est le canal pour tout ce qui relève du délit, logiquement oui ça fait partie de leur job, si on te rembarre rappelle-leur que la maltraitance animale est un crime et pas une broutille. Dans certains pays, en revanche, faut être lucide : la protection animale n'existe tout simplement pas dans le droit local ou personne sur place ne s'en préoccupe vraiment. Dans ce cas précis, ne perds pas ton énergie à insister face à un mur. Garde tes preuves de côté et adresse-toi directement à une association internationale, elle saura souvent mieux que la police locale par quel biais faire pression.


En France, par exemple, la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale a considérablement durci les sanctions. Les actes de cruauté et les sévices graves sont désormais punis de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende, et jusqu'à 5 ans et 75 000 euros si l'animal en meurt. (article 521-1 du code pénal.) Filmer ou diffuser des images de ces actes est également une infraction. L'animal est reconnu depuis 2015 comme un "être vivant doué de sensibilité" par le Code civil (article 515-14), ce qui ne doit pas rester qu'un symbole : ça fonde juridiquement toute la protection qui en découle.


C'est précisément de ça dont je veux parler, parce qu'on voit passer un peu partout sur les réseaux la même fausse bonne nouvelle : "ohlala, l'abandon des chiens est maintenant sévèrement sanctionné en France !" Sauf que dans les faits, personne ne fait trois ans de taule. Personne, ou presque, n'est même condamné. Pourquoi ? Eh bien voilà pourquoi : la loi, aussi solide soit-elle sur le papier, ne sert à rien sans plainte. Pour qu'un responsable soit jugé, il faut d'abord qu'une plainte soit déposée et c'est là que les preuves prennent toute leur valeur : elles donnent du grain à moudre aux associations qui se constituent partie civile et portent plainte en ton nom ou aux côtés du tien. Le chemin entre "il y a maltraitance" et "il y a condamnation" passe systématiquement par cette étape. Et la vérité qui est encore une fois à gerber, c'est que la majorité des maltraitances constatées ne débouchent jamais sur une condamnation, non pas parce que la loi est trop clémente mais tout simplement parce que parfois, personne n'a porté plainte.


À l'étranger, les législations varient énormément et c'est aussi bon à savoir avant de partir. Certains pays ont des lois solides et des unités dédiées, d'autres n'ont quasiment aucun cadre. Le Costa Rica, par exemple, sanctionne pénalement la cruauté animale depuis 2017, avec sa loi de bien-être animal (loi 7451), renforcée cette année-là pour y ajouter des peines de prison. Les peines vont de six mois à trois ans lorsque la maltraitance entraîne la mort de l'animal, et de six mois à deux ans pour les actes de cruauté. Sur le papier, la France se la pète un peu car oui, c'est vrai, elle est plus sévère avec ses cinq ans encourus en cas de mort de l'animal, mais l'écart se resserre nettement dans la pratique : ces peines maximales sont rarement appliquées et les condamnations sont bien plus clémentes que ce que prévoit la loi.


À l'inverse, dans certaines destinations, tu ne trouveras aucun interlocuteur officiel et c'est là que les associations locales deviennent ton meilleur relais. Mais il y aura TOUJOURS un organisme à contacter.


Si la maltraitance relève plutôt de mauvaises conditions dans une attraction touristique, contacte une organisation de protection animale, locale de préférence ou internationale. Des structures comme World Animal Protection ou Quatre Pattes ont l'habitude de traiter ces signalements et savent quoi en faire. En France, tu peux passer par le service en ligne officiel de signalement de maltraitance (sur service-public.fr), contacter la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), ou une association comme la SPA. Depuis juin 2024, il existe aussi le 3677, la ligne téléphonique nationale SOS Maltraitance animale, gérée par le Conseil national de la protection animale, ouverte 7 jours sur 7.


Pour un contenu de maltraitance vu en ligne, la plateforme PHAROS (internet-signalement.gouv.fr) permet de le dénoncer. Si le contenu en question normalise plutôt la captivité ou le trafic d'espèces sauvages sur les réseaux sociaux, sans forcément relever d'un délit, l'organisation Réseaux Sauvages, cofondée par Anaïs Therond en partenariat avec l'IFAW, mobilise justement les créateur·rices de contenu pour lutter contre ce phénomène.


Règle numéro quatre : agir


L'action ne s'arrête pas au signalement. Il y a clairement un pouvoir que l'on sous-estime : celui d'alerter les autres voyageur·ses. Cette règle-ci concerne spécifiquement les situations touristiques, une attraction, un spectacle, un centre qui vend une expérience, pas une scène isolée croisée dans la rue, où il n'y a évidemment aucune réputation en ligne à entamer.


Laisse un avis honnête sur les plateformes touristiques (TripAdvisor, Google, les réseaux sociaux, bref partout où tu peux c'est tellemeeeent important) pour prévenir les prochains visiteurs qu'un lieu exploite ses animaux, c'est redoutablement efficace parce que ces attractions vivent de leur réputation en ligne. Une belle floppée d'avis dénonçant la maltraitance fait plus de dégâts à leur business qu'on ne l'imagine. Et à l'inverse, ne donne jamais un centime, un like, une réservation et idéalement un "vu" sur les réseaux à ces établissements : la demande crée l'offre et chaque touriste qui paie encourage la suite. Alors après oui effectivement certains établissements parviennent à faire retirer un avis isolé ou à le noyer sous une pluie d'avis positifs achetés. Mais une vague d'avis similaires, répartie sur plusieurs plateformes à la fois, avec des captures d'écran qui circulent en dehors du site d'origine, devient beaucoup plus difficile à effacer complètement.



Ce que tu signales est peut-être plus grave encore


Et il y a aussi une dimension qui devrait nous faire prendre ces signalements bien plus au sérieux. Et là les gars, même les personnes les plus indifférentes au sort du hérisson du coin devraient s'alarmer de ce qui suit : la cruauté envers les animaux est un marqueur documenté de violences envers les humains.


Aux États-Unis, le FBI a ajouté la cruauté animale à sa grande base de données nationale sur la criminalité (le NIBRS, pour National Incident-Based Reporting System) depuis 2016, au même rang qu'un homicide ou une agression. Concrètement, ça veut dire que la police américaine doit désormais recenser ces actes comme des crimes à part entière et pas comme de simples incidents mineurs, précisément parce que le lien avec les violences faites aux humains est massivement établi.


Le psychologue Frank Ascione a montré que 71 % des femmes hébergées en refuge et propriétaires d'un animal rapportaient que leur conjoint violent avait menacé, blessé ou tué cet animal. (Ascione, Violence Against Women.) Autrement dit : celui qui frappe le chien frappe souvent aussi la femme et les enfants. Vous êtes étonnés ? Moi non plus.

Ce que ça change ? Que ton signalement dépasse peut-être largement l'animal que tu as sous les yeux. En alertant, tu tires potentiellement un fil bien plus large qui devrait suffire à faire taire ceux qui nous bassinent encore avec le sacro-saint "ce n'est qu'un animal". La prochaine fois qu'on te sort cette phrase, tu peux répondre que statistiquement, la main qui frappe le pauvre chien n'a souvent pas fini sa tournée.


L'impuissance n'est pas une fatalité


Franchement oui c'est douloureux. Face à chacune de ces situations on se sent minuscule face à la souffrance mais hors de question de se laisser gagner par la fatalité et de se lâcher : "c'est comme ça, je n'y peux rien" : c'est faux, on y peut quelque chose !


Alors soyons honnêtes évidemment, c'est plus que compliqué de sauver l'animal qu'on a sous les yeux et c'est terriblement dur à accepter. Mais tes preuves, ton signalement, ton avis en ligne, ton refus de payer participent à un mouvement de fond qui, lui, fait bouger les lignes. Des attractions ont fermé grâce à des signalements de touristes, des pratiques ont été interdites grâce à l'accumulation de témoignages. Le Tigre Temple en Thaïlande, accusé pendant des années de dopage et de maltraitance sur ses tigres malgré une image de sanctuaire paisible, a fini par être fermé en 2016 après une enquête des autorités thaïlandaises, avec 137 tigres saisis sur place. La même année, TripAdvisor, sous la pression cumulée de plus d'un an de campagnes et de témoignages de voyageur·ses, a annoncé qu'il cesserait de vendre des billets pour toute attraction impliquant un contact avec des animaux sauvages captifs. Ces deux décisions sont l'addition de milliers de signalements individuels, chacun jugé dérisoire au moment où il a été envoyé. Des gestionnaires de structures se font rattraper à un moment ou à un autre donc si ton signalement en vaut la peine. La colère, transformée en action méthodique, devient utile, gardons ces réflexes en tête avant de partir. Comme ça, le jour où ça arrivera, plus personne ne sera impuissant !


Avec ANIMA, je t'aide à voyager en sachant reconnaître, éviter et signaler les pièges de l'exploitation animale. D'ailleurs, dans chaque carnet Anima que je construis, j'intègre systématiquement la liste des associations, organisations et interlocuteurs à contacter sur place en cas de maltraitance constatée. Parce que je préfère que tu aies ces contacts sous la main sans jamais en avoir besoin, plutôt que l'inverse. Si tu veux partir mieux armé·e pour défendre les animaux, écris-moi !


Sources

Ne pas intervenir directement, filmer pour documenter, signaler aux autorités : World Animal Protection. Preuves (photos/vidéos + localisation précise), police pour l'illégal, avis en ligne pour alerter : QUATRE PATTES. Ne pas acheter un animal pour le libérer (financement du trafic) : TRAFFIC ; World Animal Protection. Ablation des dents des loris lents pour la photo touristique : International Animal Rescue ; TRAFFIC Southeast Asia ; Wildlife Friends Foundation Thailand. Canaux officiels en France : service-public.fr (signalement de maltraitance), DDPP, SPA, plateforme PHAROS (internet-signalement.gouv.fr) pour les contenus en ligne, et la ligne 3677 SOS Maltraitance animale (Conseil national de la protection animale, lancée le 24 juin 2024). Sanctions pénales en France : loi n° 2021-1539 du 30 novembre 2021, article 521-1 du code pénal ; statut de l'animal "être vivant doué de sensibilité" : article 515-14 du Code civil (2015). Loi de bien-être animal costaricienne (loi 7451, renforcée en 2017) et échelle des peines : Ticotimes, Teletica, crie.cr. Agence nationale malaisienne de protection de la faune : Perhilitan (Department of Wildlife and National Parks Peninsular Malaysia), créée en 1972. Fermeture du Tigre Temple en Thaïlande (2016, 137 tigres saisis) : PETA Asia. Changement de politique de TripAdvisor sur les attractions animalières (octobre 2016) : NPR, National Geographic, The New York Times. Lien entre cruauté animale et violences interpersonnelles : FBI, National Incident-Based Reporting System (depuis 2016) ; Frank R. Ascione, "Battered Pets and Domestic Violence", Violence Against Women.

 
 
 

Commentaires


bottom of page